Vance met en vente

Samedi 7 juin 2008

publié dans : Tous les films par Vance

les Temps modernes

Titre original : Modern Times
Un film de Charlie Chaplin (1936) avec Charlie Chaplin et Paulette Goddard

 

Résumé : Ouvrier à la chaîne dans une usine, Charlot est soumis à la dure loi de la taylorisation, et à celle d'un patron autoritaire. Rendu fou par la machine, il est interné puis, guéri, se retrouve chômeur. Pris à tort pour un leader syndical, il est incarcéré et devient un héros en empêchant une mutinerie. Libéré, il fait une première expérience désastreuse de travail sur un chantier naval, puis rencontre la gamine, une orpheline vagabonde. Pour elle, il se fait engager comme veilleur de nuit dans un grand magasin où il la fait profiter d'un instant de luxe avant de se faire arrêter, injustement, comme complice d'un cambriolage. À sa sortie, la gamine le fait engager comme " serveur chantant " dans le cabaret où elle danse. Mais rattrapés par les forces de l'ordre, les deux amoureux prennent la route et s'en vont vagabonder vers des jours meilleurs.

 

Avec les Temps modernes, Charlie Chaplin aborde le cinéma parlant sous un angle particulier, presque à reculons, comme à regret. Si son personnage fétiche y promène encore son allure dégingandée et ses mimiques de clown triste, si les dialogues y sont exagérés à la manière de ceux du cinéma muet, certains bruitages et paroles sont audibles, traités sur un mode expressionniste : seuls les paroles émanant d’un haut-parleur (donc enregistrées, donc déshumanisées) font partie de la bande son, une façon personnelle de dire ce qu’il pense de certaines techniques.

Ce film, c’est un formidable témoignage sur une époque charnière et sur sa propre œuvre cinématographique : en atténuant au maximum ce qu’il demeurait de mièvrerie dans des longs métrages comme la Ruée vers l’Or, Chaplin acquiert une acuité exceptionnelle tant sur la société qui cherche à se relever d’une crise économique impitoyable que sur les problèmes de chaque individu, tout en développant son art avec un sens esthétique accru ; les décors de l’usine, tout en lignes verticales massives et en rouages menaçants sur des sols et des murs immaculés, transcendent la vision de l'ingénierie inhumaine et propulsent les images au côté de celles d’un Metropolis ironique. Avec ce film très personnel, Chaplin a subi les foudres de la House Un-American Activities Committee qui se chargeait de traquer les éventuels sympathisants communistes. Après avoir solennellement nié toute implication politique, le réalisateur préféra s’exiler en Suisse, jurant qu’il ne remettrait plus les pieds aux Etats-Unis.

 

Les Temps modernes, c’est l’histoire d’un Chaplin devenu adulte mais incapable de s’adapter à un monde artificiel et superficiel. Sous les traits de son Charlot toujours aussi Candide mais aussi de plus en plus lucide, c’est le réalisateur qui s’interroge sur le devenir de son cinéma. Les plans longs où Chaplin démontre une nouvelle fois sa maestria, son sens de l’équilibre et du rythme, alternent avec un sens du cadrage étonnant et un talent d’interprète aussi comique que touchant. Et Paulette Goddard, au regard troublant, y est remarquable : on sait aujourd’hui qu’elle s’était beaucoup investie dans le tournage. N’oublions pas la partition musicale sur laquelle Chaplin a passé de très longues heures.

 

 

Une vraie réussite tant visuelle que formelle.

 

 

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Vendredi 6 juin 2008

publié dans : Tous les films par Vance

Gladiator

Un film de Ridley Scott (2000) avec Russel Crowe, Connie Nielsen, Joaquin Phoenix


Résumé
 : Le général romain Maximus est le plus fidèle soutien de l'empereur Marc-Aurèle, qu'il a conduit de victoire en victoire avec une bravoure et un dévouement exemplaires. Jaloux du prestige de Maximus, et plus encore de l'amour que lui voue l'empereur, le fils de Marc-Aurèle, Commode, s'arroge brutalement le pouvoir, puis ordonne l'arrestation du général et son exécution. Maximus échappe à ses assassins mais ne peut empêcher le massacre de sa famille. Capturé par un marchand d'esclaves, il devient gladiateur et prépare sa vengeance.

Gladiator est un péplum du XXIe siècle dans lequel le réalisateur britannique s’est attaché à soigner la mise en scène, le cadrage et le montage tout en conservant la plupart des principes du genre qui ont fait florès dans les années 1950 : décors grandioses, musique à l’avenant, myriades de figurants, costumes et accessoires clinquants, passions et romantisme exacerbés ponctués de nombreux combats, à mains nues ou à l’arme blanche, entre des personnages qui s’aiment et se trahissent et où le courage et l’audace le disputent à la cupidité et à la soif de pouvoir. Les grands studios de cette époque avaient fait main basse sur un genre dérivé du film d’aventures et qui pourtant était né quasiment avec les frères Lumière : en 1897, Georges Hatot n’avait-il pas réalisé Néron essayant des poisons sur des esclaves, d’une durée d’une minute à peine ? Et dès 1908, les productions axées sur l’Antiquité s’étaient mises à pulluler en Italie par le biais de réalisateurs comme Luigi Maggi et Giovanni Pastrone, ce dernier passant pour l’un des inventeurs du travelling en tant que procédé cinématographique (il est connu, grâce à son chef-d’œuvre Cabiria de 1914, pour avoir fortement inspiré Griffith).

On le voit, le goût de drames antiques, interprétés dans des costumes mettant en évidence la musculature des mâles et la plastique de ces dames, n’a pas engendré que ces sous-produits transalpins qui ont précipité la chute du genre dans les années 1960, avec des films s’autoparodiant à outrance à défaut de réinventer des principes éculés et ce, malgré ces œuvres remarquables et pourtant très différentes que sont le Spartacus de Kubrick et Jason & les Argonautes. Toutefois, à l’instar du western – mais dix ans avant lui, le péplum était voué à disparaître avec l’avènement du nouveau millénaire.

C’était sans compter sur Ridley Scott. Ce compatriote de Stanley Kubrick, s’il ne partage pas son côté ascétique et sa rigueur, semble vouloir édifier une œuvre comparable, quoique plus nombreuse : Kubrick ne s’était-il pas vanté de vouloir créer des films qui soient les modèles absolus des genres abordés ?

Arrivé au cinéma grâce à un sens de l’image développé par sa passion du dessin et par son travail sur la photo publicitaire, Scott a toujours su magnifier ses plans par un choix d’éclairages et de couleurs attrayant et par une réelle synergie entre le décor et les interprètes. Sa filmographie très particulière donne l’impression qu’il traverse des périodes ponctuées par des échecs cuisants (Legend, 1492) et des succès retentissants (Alien, Gladiator, Thelma & Louise, American Gangster) d’où émergent des réussites critiques (les Duellistes, Blade Runner, Kingdom of Heaven). On ne peut pas lui reprocher de ne pas oser se frotter à des genres différents, ni de chercher à se renouveler. On retrouvera toujours cependant chez lui cette recherche d’une esthétique de l’image, au détriment parfois de la narration : si elle touche au sublime dans Blade Runner, dans lequel les ellipses volontaires servent l’habillage descriptif comme autant d’écrins narratifs à un propos désabusé sur la vie et la mort, elle nuit profondément à 1492 où l’abus de filtres et de mouvements de caméras inopportuns détruit l’importance historique qui cède parfois devant une grandiloquence boursouflée.

Dans Gladiator, l’élégance de la mise en scène se marie fort bien avec une reconstitution plus esthétique que rigoureuse, sous-tendue par une agréable bande originale, une palette subtile de tonalités chaudes et une interprétation hors pair : Crowe explose littéralement à l’écran, meurt et ressuscite en pleine gloire éphémère sous les traits de l’Espagnol, puis de Maximus, le gladiateur invincible qui soulève les foules. Face à lui, il faut un grand et très convaincant Joaquin Phoenix qui gagna ici ses galons de future star. On n’oubliera pas quelques seconds rôles moins transparents que prévu et un scénario qui dépasse la réalité historique, se joue parfois d’elle mais parvient à redorer le blason des films en tunique et jupette pour hommes.

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