L’espace qui s’offre à moi est presque uniformément rouge, des murs aux colonnes en passant par les portes. On y distingue un bureau et, tout près, une niche peu profonde, derrière une paroi en verre, abrite un objet de métal représentant le fameux symbole de
« Il provient d’une civilisation disparue, me susurre la belle derrière mon dos. Mais je suis là pour satisfaire autre chose que ta curiosité. » Sa voix enchanteresse est aussitôt secondée par ses mains qui se posent sur mes épaules et se glissent sur ma poitrine. Je me rends compte que ma respiration s’accélère. Tout mon corps paraît se tendre vers les caresses de plus en plus précises que
Musique. Une mélodie. Je mets du temps pour reconnaître quelques notes du Requiem de Mozart alors que
J’émerge : « Bordel ! Euh, excusez-moi, fais-je en me dégageant tant bien que mal de sa langoureuse étreinte, on m’appelle ! »
Je fais un pas de côté, lui tourne le dos. Comment ai-je pu oublier à ce point la sonnerie de mon portable ? Cette femme m’obsède, me fascine, au point que je perde pied dans le réel. Ca a quelque chose d’inquiétant et de tellement… tentant ? Qu’est-ce qui m’arrive ? Je n’ai jamais réagi ainsi auparavant. Tout en extirpant mon mobile de la poche intérieure, je me demande dans quelle mesure l’expérience de réminiscence dont Will B. a été l’initiateur n’a pas laissé des traces plus profondes que je ne veux bien l’admettre.
Sur l’écran : « Alex calling. » J’hésite, me tourne vers
Je décroche.
« Vance ?
- Ouais. Un problème ?
- Un gros. La moitié de la salle est occupée par des vampires !
- Des quoi ?
- Dégage, mon vieux. C’est comme je te dis !
- Ecoute, fais-je, interloqué. (Devant moi,
- Vance, hurle une autre voix, c’est Drew. REVIENS TOUT DE SUITE ! »
Je raccroche. Je déteste qu’on me crie après. Surtout elle. Pour qui elle se prend ? Non mais, regardez-moi : j’en tremble ! Voyons, que disait-il, déjà, l’Alex ? Des vampires ? Partout ?
Je regarde mon portable, penaud. Je n’aurais pas dû raccrocher. Ils vont rappeler. Oui. Ils vont rappeler s’il y a du danger. M’enfin, c’est une blague, non ? Le Bal des Vampires, c’est une comédie, non ?Tout tourbillonne, mes idées sont confuses. Mais une vérité se fait jour : je ne devrais pas être là. Toutefois l’idée, la perspective de franchir des limites, de connaître l’Autre côté, s’impose en moi. Peut-être… peut-être est-ce ce que j’attendais depuis si longtemps… ?
Je lève la tête :
Un commandement impérieux auquel je ne peux qu’obéir. Qui le pourrait ? Elle disparaît derrière le battant qu’elle laisse ouvert. Je la suis. Je suis faible, je sais. Je pense à Drew et souris piteusement. Pourquoi est-ce que je pense à cette sainte-nitouche avec ses grands airs alors que je vais m’envoyer en l’air avec la plus belle femme du monde ? Un scrupule, oui, c’est ça. Il y a une mission. L’enquête. On n’est pas là pour rigoler. Alors, je regarde le bureau en bois précieux qui trône de façon presque dérisoire dans cette salle silencieuse – on pourrait tout à fait y jouer une scène des Sorcières de Salem de Miller. Aucun désordre, pas de papiers qui traînent. Les tiroirs sont fermés. Au temps pour l’enquête, alors. Je soupire. Bah, j’ai fait mon boulot. Il me reste
Je franchis le seuil de cette nouvelle pièce, esquisse un sourire : un lit ! Ben voyons. Je n’ai pas le temps de m’appesantir sur la décoration, car la jeune femme focalise toute mon attention, allongée dans une pose lascive. Elle attend. Elle m’attend. Moi.
Car c’est moi qu’elle a choisi. C’est peut-être le signe que j’espérais. J’ai une boule dans la gorge, j’ai chaud, et soif. Mais qu’importe.
Je suis prêt.
Je fais un pas.
Dies irae. La sonnerie de mon portable. Je ne l'avais pas éteint ?
Je marque une seconde d’hésitation. Elle fronce les sourcils.
Et tout bascule.




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