Vance met en vente

Dimanche 18 mars 2007

publié dans : Comics par Vance

Comic book en 7 volets de Mark Millar et Steve McNiven, édition kiosque Ó Panini Marvel France mars 2007   

De récents événements dramatiques impliquant des super-êtres ont contribué à entretenir un climat de peur chez les humains : Hulk qui dévaste Las Vegas, Nick Fury et sa « Guerre secrète », Magneto qui détruit une partie de Manhattan, c’est suffisant pour que le gouvernement ait l’idée d’une loi visant à restreindre l’usage des pouvoirs. Alors qu’ils essayaient d’enrayer le problème du Collectif – cf. Marvel Icons #23 – len Vengeurs ont malencontreusement mentionné l’événement de la Maison M , ce qui a mis la puce à l’oreille du SHIELD. Et lorsque un groupe de super-héros bien intentionnés mais maladroits cause la mort de plus de 600 innocents, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Désormais, il faudra choisir son camp : se faire recenser et œuvrer à visage découvert, ou conserver son masque et devenir hors-la-loi.

Millar fait très fort sur le coup. Cet événement, qui traînait dans les bureaux de la rédaction Marvel USA depuis un moment, a eu le don de réveiller son intérêt pour la Maison des Idées – alors qu’il était en congé thérapeutique. Et, à l’instar du premier épisode de Ultimate X-Men, ça déménage sévèrement. La patte du scénariste (acuité des événements, âpreté des combats, rudesse désabusée des dialogues) est visible tout du long, laissant la part belle aux réactions outrées d’un public lassé par les libertés prises par les héros costumés – et qui oublie très vite toutes les fois où ces individus ont payé de leur personne afin de sauver leur monde. Dans cette spirale de l’angoisse, les mutants ne trouveront de réconfort que dans le fait qu’ils ne sont plus seuls : tous les surhommes sont mis dans le même panier, qu’ils soient le produit un accident génétique ou un malchanceux mordu par un animal radioactif ou encore exposé à des rayons cosmiques. Bas les masques ! Qu’on mette fin aux privilèges des justiciers costumés !

 

Ca ne vous rappelle rien ? Bien sûr, c’est une des trames du formidable Watchmen, où le gouvernement avait réglé la question en interdisant purement et simplement l’usage des costumes dans ce but. Sauf que là, on est face à une situation beaucoup plus grave : les super-êtres sont nombreux, et certains parmi eux détiennent une puissance considérable. Qui acceptera de se plier aux décisions du gouvernement ? Et, si c’est le cas, devront-ils pourchasser ceux des leurs qui refusent de s’y soumettre ?  

 

Dans ce premier épisode, certains ont déjà fait leur choix, et depuis longtemps – car ils avaient senti le vent tourner (voir à ce sujet Illuminati). Au cours d’une première réunion d’importance, les arguments pleuvent, les discussions s’enchaînent. Si quelques-uns comme Iron Man, Wolverine ou les FF semblent décidés, d’autres hésitent : et si les amis d’hier devenaient les ennemis de demain ? Et qu’adviendrait-il des proches si l’on révèle son identité secrète ? Seraient-ils davantage exposés ? Cap America, lui, refuse encore de prendre position. Le SHIELD ne lui laissera pas le temps de tergiverser. La suite s’annonce tout bonnement énorme.   

 

Mise en page très agréable de Steve McNiven qui apprécie les cadrages serrés sur des visages exprimant beaucoup d’émotion, mais se montre aussi à l’aise avec scènes de grande ampleur. L’encrage de Dexter Vines, d’une grande finesse, est remarquable. 

Plus de renseignements ici et plus d'images .


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Dimanche 18 mars 2007

publié dans : Comics par Vance

Un comic culte de Frank Miller, encrage de Klaus Janson et couleurs de Lynn Varley, ÓDC Comics 1986

10 ans après sa dernière apparition, Wayne établit un constat amer : Gotham a sombré dans la décadence, et la racaille règne sur les bas-fonds d’une ville en proie à la peur. Gordon n’est plus qu’un flic désabusé et le Joker refait parler de lui. Il est temps pour Batman de revenir et sa croisade personnelle, impitoyable et féroce, fera parler de lui jusque dans les hautes sphères de la Présidence , au point que le Justicier de l’ombre soit déclaré gênant. Mais qui pourra, ou osera, l’éliminer ?

 

 A l’occasion de la relecture de cet opus magistral, j'avais redécouvert Batman, que je connaissais dans des comics mais qui avait été rapidement supplanté dans mon cœur par toute une génération de héros marveliens plus fascinants sans être aussi charismatiques (quoique...). L'écriture brutale et intuitive et un dessin sobre, épuré, sans concession, presque archaïque détonnaient face aux productions Marvel de l'époque et le scénario, sombre, d'une maturité exemplaire, prenait aux tripes et vous explosait en pleine face, sans vous laisser de répit. Amer, et terrible.

Cette relecture, après toutes ces années pendant lesquelles Marvel et DC traversèrent des périodes fastes et moins intéressantes, est révélatrice d'un constat permanent : il ne suffit pas de demander à des artistes de faire du beau avec de beaux outils graphiques sur des histoires transparentes et banales. Les productions Wildstorm/Image et, dans une moindre mesure, l’aventure Heroes Reborn, axaient tout sur le graphisme. Les lecteurs, en adoration au début, ont vite déchanté, attendant davantage des scénaristes. Il suffit en fait d'oser, et d'avoir du talent. Miller l'a, c'est indéniable mais je pense qu'il n'est pas directement accessible pour un ado : ce qui est retracé véhicule tant d'informations diverses et de références culturelles qu'il ne peut être appréhendé qu'avec un minimum d'expérience.

Dark Knight n'a pas "mal" vieilli ; au contraire, les événements récents (comme les nombreux actes de terrorisme qui instillent la peur au cœur même des métropoles occidentales) redonnent au récit l'aspect du neuf. L'insécurité et le mal-être qui règnent à Gotham City sont le quotidien de toute grande métropole actuelle. Je ne vais pas raconter l'histoire mais j'ai envie de dire à quel point j'ai été surpris de découvrir certaines approches qui m'avaient échappées à l'époque, comme le traitement du jeune partenaire de Batman ou celui de l'Autre Super-héros DC : on peut dire que la direction prise par la nouvelle série Captain America s’en est certainement inspiré (relation quasi névrosée entre Bat et Robin comme entre Cap et Bucky ; fidélité sans faille envers le drapeau US, au point d'y perdre au passage certains principes moraux).

Et comme dans le Seigneur des Anneaux (le livre), le dernier volet, l'apothéose (Apocalypse ?) annoncée ne tient pas toutes ses promesses : ça va trop vite, il y a trop de choses à digérer. Mais l'acte final demeure grandiose et Batman en sort revêtu d'une aura nouvelle et indélébile.

 
Miller est grand.


 

L'ouvrage existe en français en trois éditions, dont une intégrale Delcourt sortie en 1999. 

 

Aux dernières nouvelles, selon le producteur Michael Uslan, Frank Miller serait en bonne place pour réaliser l’un des prochains films de la franchise Batman


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