Nous arrivons finalement devant les portes, où officient prestement des videurs clonés sur Arnold Schwarzenegger. Apparemment, il faut montrer patte blanche (ou grosse liasse de billets verts, ça marche aussi). Nate Grey doit s’arrêter, sa copine à son bras. Je m’aperçois qu’Alex, qui est juste derrière, n’est pas accompagné. Comme Drew ne semble pas tenir à ma compagnie, je m’efface pour laisser Baldwin avec ma partenaire. Elle n’a pas le temps de réagir – ou peut-être s’attendait-elle à quelque chose dans ce goût-là. Je me rassure en me disant qu’après tout, je ne lui manquerai pas. Et elle non plus ne me manquera pas (enfin, je crois).
Pendant ce temps, Grey cherche à discuter. J’aperçois Alex mettre la main à sa poche, sans doute en quête de quelques dollars qui pourraient faciliter notre entrée, lorsque quelqu’un me saisit le bras : c’est la « Princesse » ! Elle se colle à moi, s’avance telle une reine et nous fait pénétrer dans l’enceinte de ce qui pourrait très bien être un palais pour cette femme aux allures de déesse. Quelques gars me regardent avant que nous passions les portes, avec un curieux mélange d’envie et de crainte dans les yeux…
Je me laisse faire.
L’intérieur est conforme à la façade : on se croirait dans la nef d’une cathédrale gothique. Ca résonne, le regard se perd au milieu des voûtes et des arcs brisés, la perspective sur les croisées d’ogives est étourdissante. Il y a déjà foule, et chaque murmure paraît amplifié alors que la musique couvre les autres sons. Au milieu de tout cela,
Nous arrivons au bar. L’un des préposés lui apporte d’office un verre d’une boisson écarlate et sirupeuse. Curieux, je lui demande ce que c’est, mais au lieu de répondre, elle porte la coupe à ses lèvres tout en me fixant. Un défi. Je demande la même chose et l’accompagne. Elle sourit avant même de reposer son verre. Une goutte d’un rouge vif perle à sa commissure comme si elle s’était mordue jusqu’au sang. Elle m’hypnotise.
Wow ! C’est moi où il fait soudain plus chaud ? Tout autour, les gens n’existent plus, je ne perçois qu’un bourdonnement confus et assourdi par mes battements de cœur qui se répercutent jusque dans mes tempes. Seule compte
Elle se met à parler. Sans crier, ni forcer sa voix, et pourtant je la perçois facilement malgré le brouhaha ambiant. Elle me demande si j’aime la déco. Je réponds vaguement que oui, alors même que j’ai tendance à détester tout ce qui est tape-à-l’œil. Elle dit alors, et sa voix est comme l’écume d’une vague océane, qu’elle a participé à l’aménagement de l’endroit. Semble assez fière d’elle. Je m’ébroue, comme pour mieux dissiper le charme qu’elle m’a lancé – et aussi pour reprendre un peu contenance, c’est dingue l’effet qu’elle me fait, j’ai l’impression d’être un ado boutonneux à sa première sortie - et en profite pour essayer d’appréhender le décor.
Le décor, donc. (C'est ça, fais l'intéressé, tu passeras moins pour un con.) Ca m’a l’air d’être très surchargé, avec un étrange mélange, pas forcément harmonieux, de styles divers. Le néo-gothique naïf et lourdingue prédomine, mais on peut distinguer çà et là des traces d’influences byzantines ou baroques, peut-être même orientales. La facture en revanche est exceptionnelle, les artisans employés ont fait du bon travail. Je ne parle même pas des matériaux employés, on est très loin des moulures en stuc. Ce patchwork vertigineux donnera sûrement des idées à Nate. Bah voilà, pourquoi je pense à lui alors que je suis avec une créature divine qui a jeté son dévolu sur moi ?
Je me décide à lui poser une question sur l’origine de ce style surchargé lorsque je suis interrompu par l’arrivée d’un singulier personnage, qui semble, si cela était possible, encore davantage focaliser l’attention de la foule que



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