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  • : 17/02/2007
  • : Un jour, Vance, medium raté, a eu une véritable expérience surnaturelle. De ce jour, il a décidé de parler de lui, de ses aventures et de ses passions pour le cinéma et les Littératures de l'Imaginaire...
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Mardi 3 avril 2007

publié dans : Dossiers secrets par Vance

Nous arrivons finalement devant les portes, où officient prestement des videurs clonés sur Arnold Schwarzenegger. Apparemment, il faut montrer patte blanche (ou grosse liasse de billets verts, ça marche aussi). Nate Grey doit s’arrêter, sa copine à son bras. Je m’aperçois qu’Alex, qui est juste derrière, n’est pas accompagné. Comme Drew ne semble pas tenir à ma compagnie, je m’efface pour laisser Baldwin avec ma partenaire. Elle n’a pas le temps de réagir – ou peut-être s’attendait-elle à quelque chose dans ce goût-là. Je me rassure en me disant qu’après tout, je ne lui manquerai pas. Et elle non plus ne me manquera pas (enfin, je crois).

Pendant ce temps, Grey cherche à discuter. J’aperçois Alex mettre la main à sa poche, sans doute en quête de quelques dollars qui pourraient faciliter notre entrée, lorsque quelqu’un me saisit le bras : c’est la « Princesse » ! Elle se colle à moi, s’avance telle une reine et nous fait pénétrer dans l’enceinte de ce qui pourrait très bien être un palais pour cette femme aux allures de déesse. Quelques gars me regardent avant que nous passions les portes, avec un curieux mélange d’envie et de crainte dans les yeux…  

 

Je me laisse faire.  

 

L’intérieur est conforme à la façade : on se croirait dans la nef d’une cathédrale gothique. Ca résonne, le regard se perd au milieu des voûtes et des arcs brisés, la perspective sur les croisées d’ogives est étourdissante. Il y a déjà foule, et chaque murmure paraît amplifié alors que la musique couvre les autres sons. Au milieu de tout cela, la Princesse se meut en silence, altière, imperturbable, magnifique. Où sont les autres ? Déjà perdus dans la masse des clients, je ne les vois plus. Oh, après tout, je m’en fiche…  

 

Nous arrivons au bar. L’un des préposés lui apporte d’office un verre d’une boisson écarlate et sirupeuse. Curieux, je lui demande ce que c’est, mais au lieu de répondre, elle porte la coupe à ses lèvres tout en me fixant. Un défi. Je demande la même chose et l’accompagne. Elle sourit avant même de reposer son verre. Une goutte d’un rouge vif perle à sa commissure comme si elle s’était mordue jusqu’au sang. Elle m’hypnotise. La Princesse s’approche encore de moi, la bouche entrouverte, je sens son souffle tiède  sur ma joue lorsque, d’un coup de langue habile et vif, elle fait disparaître le liquide qui menaçait de couler jusqu’au menton. 

Wow ! C’est moi où il fait soudain plus chaud ? Tout autour, les gens n’existent plus, je ne perçois qu’un bourdonnement confus et assourdi par mes battements de cœur qui se répercutent jusque dans mes tempes. Seule compte la Princesse et sa peau d’albâtre, ses lèvres exquises, ses courbes affolantes, ses traits parfaits. Quoi qu'elle choisisse de faire, je suis désormais à son service. Sa seule présence charismatique a suffi à annihiler ma volonté et je m'apprête ainsi à connaître les plaisirs infinis auxquels elle ne manquera pas de m'initier. Je ne sais pas pourquoi je m'abandonne ainsi, ce n'est pas dans ma nature : habituellement, je refuse de perdre le contrôle. Mais pas ce soir. Comme si c'était écrit. Comme si le destin avait choisi ce moment. Quelque chose au fond de moi me pousse vers elle et les sombres délices qu'elle promet. Victime expiatoire. Et consentante.

Elle se met à parler. Sans crier, ni forcer sa voix, et pourtant je la perçois facilement malgré le brouhaha ambiant. Elle me demande si j’aime la déco. Je réponds vaguement que oui, alors même que j’ai tendance à détester tout ce qui est tape-à-l’œil. Elle dit alors, et sa voix est comme l’écume d’une vague océane, qu’elle a participé à l’aménagement de l’endroit. Semble assez fière d’elle. Je m’ébroue, comme pour mieux dissiper le charme qu’elle m’a lancé – et aussi pour reprendre un peu contenance, c’est dingue l’effet qu’elle me fait, j’ai l’impression d’être un ado boutonneux à sa première sortie -  et en profite pour essayer d’appréhender le décor. 

Le décor, donc. (C'est ça, fais l'intéressé, tu passeras moins pour un con.) Ca m’a l’air d’être très surchargé, avec un étrange mélange, pas forcément harmonieux, de styles divers. Le néo-gothique naïf et lourdingue prédomine, mais on peut distinguer çà et là des traces d’influences byzantines ou baroques, peut-être même orientales. La facture en revanche est exceptionnelle, les artisans employés ont fait du bon travail. Je ne parle même pas des matériaux employés, on est très loin des moulures en stuc. Ce patchwork vertigineux donnera sûrement des idées à Nate. Bah voilà, pourquoi je pense à lui alors que je suis avec une créature divine qui a jeté son dévolu sur moi ? 

 

Je me décide à lui poser une question sur l’origine de ce style surchargé lorsque je suis interrompu par l’arrivée d’un singulier personnage, qui semble, si cela était possible, encore davantage focaliser l’attention de la foule que la Princesse. 


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Lundi 2 avril 2007

publié dans : Dossiers secrets par Vance

Le Sanctuaire, 17 h 30 :  

 

On a pris un taxi. Nate est accompagné d’une fille qu’il avait appelée et qui connaissait un peu l’endroit.  

 

Cette boîte doit être top tendance car il y a vraiment beaucoup de monde qui attend déjà devant la bâtisse néo-gothique ornée d’imposants piliers de pierre. L’endroit draine du monde – et vues les bagnoles aux peintures clinquantes qui la déverse en flots réguliers, la clientèle est pétée de thunes. Je trouve étrange de ne pas connaître. Ca ne disait rien non plus à Alex qui est pourtant un familier de la vie nocturne new-yorkaise. La bonne nouvelle est qu’avec mes fringues, je ne risque pas de passer pour un plouc au moins ici. Le taxi nous dépose dans l’indifférence générale (OK, promis, la prochaine fois je viendrai avec la Lamborghini Diablo que la Société doit me payer – ah ? On me dit que ça n’est pas compris dans le cadre des voitures de fonction. Dommage…). On se place gentiment dans les rangs. L’attente promet d’être longue, à moins qu’on ne bénéficie d’un passe-droit ? Ah oui, mais non, pas question de faire usage de nos cartes ici. Bon, avec qui doit-on coucher pour éviter de faire la queue (chose que j’abhorre) ?  

Justement, quelqu’un s’avance et passe dans les rangs : une fille. Une femme plutôt. Fascinante, c’est le moins qu’on puisse dire. A sa simple vision, j’ai l’impression que ma poitrine est devenue trop petite pour mon cœur : cette sensation de « beauté à couper le souffle » qu’on ne connaît que dans les mélos des magazines people, et ce côté inaccessible des stars sur leur piédestal. Elle avance avec une grâce féline, sourde aux appels des hormones mâles en furie. Elle semble jauger les mecs, avec une prédilection pour les petits jeunes. Ca doit être une sorte de rituel, j’en vois beaucoup qui se rengorgent lorsqu’elle s’approche, la hèlent, espérant un regard, quêtant un sourire, quémandant une invitation ; je perçois même le nom de « Princesse ». Elle les ignore. Mince ! La voilà qui se dirige vers nous. Vraiment fascinante, je prends tout mon temps pour l’admirer : effectivement, elle a le look d’une princesse de la nuit mais, derrière son maquillage outrageux et sa tenue provocante, on sent une personnalité dégageant un magnétisme irrésistible.

Jamais vu une femme aussi belle. De près, je dois dire. Peut-être miss Landry… mais la « Princesse » est d’un genre radicalement opposé. Une prédatrice. Belle et dangereuse.  

Elle est toute proche à présent. J’ai l’impression qu’elle m’a remarqué. Drew s’agite à mes côtés, Nate se tait et Alex la scrute sans vergogne. J’aperçois un curieux pendentif à son cou : une sorte d’ankh hérissée de pointes. Ca m’interpelle, mais je ne saurais dire en quoi : un vague souvenir sans doute… quelque chose d’ancien. Entre-temps, elle s’est arrêtée à ma hauteur. Le silence se fait tout autour, seulement perturbé par quelques soupirs exhumés des gorges de mâles déçus (jaloux !). Elle tourne la tête, me dévisage, et ses yeux plongent dans les miens. Plus rien alors ne compte qu’elle, sa splendeur, sa hiératique majesté. Sa main se lève lentement, se pose sur ma joue, s’empare de mon menton. Les murmures de la foule sont étouffés davantage, elle emplit mon univers, occulte mes souvenirs.

 

On me touche le bras droit, au niveau du coude. J’entends vaguement la voix cristalline de Drew. L’a pas l’air contente. La Princesse fronce les sourcils, détourne les yeux et fusille ma collègue du regard. S’est pas fait une copine, la Linley  ! Mû alors par une impulsion irrépressible, je tends la main vers son médaillon ; il m’obsède, je ne saurais dire en quoi. Elle réagit violemment et m’écarte la main d’un revers.

Puis elle tourne les talons et réintègre le Sanctuaire. Beaucoup de têtes sont tournées vers nous, mais je n’en ai cure. J’ai l’impression d’avoir raté quelque chose d’important. Drew me fixe d’un air étrange et secoue la tête, entre tristesse et déception. Décidément, cette fille n’approuve rien de ce que je fais. Ou alors elle me déteste. C’est selon. Sur le coup, cependant, je m’en fous : j’ai la tête ailleurs – sans doute entre les seins orgueilleux de la Princesse , là où rayonnait son mystérieux pendentif… 


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