Vance met en vente

Dimanche 25 mai 2008

publié dans : Tous les films par TWIN

Indiana Jones and the Kingdom of the cristal skull
Réalisé par Steven Spielberg, avec le concours de George Lucas
Musique de John Williams
Sorti en salles le 21 mai 2008

 

Blacklisté après avoir été forcé d’agir pour les Russes, Indiana Jones se met en quête avec un jeune homme téméraire d’un artéfact sensé rassembler la clé de certaines des grandes questions de l’humanité…

 

Voici sans doute le film d'aventures m'ayant le plus enthousiasmé depuis... la Dernière croisade ! C'est une oeuvre totalement schizophrène, à la fois ancrée dans un respect maladif de ses propres codes et dans une optique de représentation relative à son époque.

Spielberg surexpose subtilement ses images comme pour leur donner une texture propre aux années 80 ; en même temps, il imprime des points de vue et mouvements de caméra ainsi qu'une gestion de l'espace représentatif qu'il a nourris depuis A.I. et la Guerre des mondes. Il utilise les mêmes étapes narratives que précédemment (affrontements au corps à corps, nuées d'animaux dangereux, poursuites sur roues, etc.), mais sans manquer d'en étendre leur portée, les décaler ou parfois s'en dégager. L'autocitation est de mise, les références affluent, mais l'originalité surprend, et plus d'une fois, alors que pointent de façon flagrante un univers et un montage très Lucasien (ceux qui auront détesté le film pourront en profiter pour lui en rejeter la faute, mais il reste que la peinture des années 50 est fabuleuse tant elle rappelle American Graffiti) ainsi que les thèmes les plus chers à Spielberg (cet Indiana Jones est hallucinant par son côté sincère et personnel : l'aventure est sans cesse contrebalancée par cette douce obsession à créer du tissu familial, apparu à la fin du 3, ici à reconstruire). Bref, c'est double rapport constant, malade, bluffant et fascinant d'opiniâtreté.

Contrairement à beaucoup, j'ai énormément ri, j'ai été ému (voire très), touché, remué et excité. Mon plaisir a par contre été souvent gâché par une VF absolument honteuse de bêtise, qui ne fait que me rendre plus impatient de pouvoir apprécier le film à sa juste valeur dans sa version originale sur disque. L'œuvre rebondit énormément sur son angle d'approche qui l'amène à situer Indiana Jones dans un contexte particulier, à l'importance narrative encore inédite dans cette franchise. C'est sans doute l'héritage de l'excellente série TV, et tant mieux car cela enrichit l'aspect « serial » qui est encore plus appuyé que dans le Temple maudit. Les grosses araignées dévoreuses d'hommes, l'exotisme, les russes fous de paranormal et de télékinésie, l'angoisse du nucléaire et de l'étranger, l'obsession de la "nouvelle frontière"... forment une thématique globale digne des films paranoïaques de l'époque, qui amène également une question, plus sublime encore que celle de l'illumination, qui est celle du savoir et de la connaissance, face à l'aveuglement, avec à la clé un constat à la fois très noir (nous méritons et entretenons notre contexte) et plein de sagesse (les leçons apprises à la fin de l'opus précédant ont été retenues).

Restent que les seconds rôles sont effectivement assez peu pertinents, sans être désagréables pour autant grâce à certaines qualités d'écriture nous concentrant avant tout sur le fil directeur. Je réitère que j'ai adoré, malgré un petit déséquilibre et quelques ratés narratifs, mais le tout fait illusion, car franchement cela faisait longtemps que je n'avais pas pris un tel pied cinématographique devant une pure oeuvre d'aventure, innocente, revendiquée et accomplie comme telle, avec une intelligence rare. Indiana est revenu et, avec lui, il a rapporté tout un pan de cinéma : célébré des années 20 à 50, référentiel dans les années 80, post-moderne aujourd'hui. Iconique au possible (deux plans d’ensemble mettant en scène le héros devant l’immensité justifient autant l'existence du cinéma que tout le discours méta-filmique de l'oeuvre sur son propre statut et son inscription dans l'Art), Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal se scelle durablement par son esthétique visuelle et picturale, et ses ambitions duales.

Qu'on me donne plus d'œuvres semblables, ou mieux, de plus réussies (on peut toujours attendre), et je commencerai à donner un semblant d'intérêt à toute la vague de haine discursive qui s'abat sur cet excellent film, dont la lassante répétition des enjeux et problématiques de critique intellectuelle qu'a du, en vain, combattre la Menace fantôme il y a dix ans, me donne purement et simplement envie de vomir.

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Dimanche 25 mai 2008

publié dans : Tous les films par TWIN

The Evil Dead ···

Ecrit et réalisé par Sam Raimi (1981)

Musique de Joseph LoDuca

Anchor Bay – Zone All

Edition américaine « Book of the dead »

 

Un groupe d’amis parti en forêt découvre dans la cave de leur vieux chalet un magnétophone ainsi qu’un étrange livre ancien aux illustrations inquiétantes. Ils vont sans le savoir réveiller un esprit démoniaque…

 

Evil dead a marqué la naissance d’un certain cinéma de genre, assez gore, parsemé d'un « ton » particulier, avec une idée de mise en scène à la seconde et la création d'un personnage culte : Ash, joué par ce fabuleux acteur bis qu’est Bruce Campbell.

Il est important de se souvenir en quoi, à l’époque, Evil dead peut faire office de petit grain de sable au sein du cinéma contemporain. Le projet se distingue en premier lieu des nombreuses productions d’horreur à tendance gore et érotique des années 70, principalement issues du cinéma italien qui, hors Fulci, Bava ou Argento, se limiteront bien souvent à du bis graphique et du Z grandguignolesque.

EVil dead recueille les fruits de l’humilité de ses ambitions. La conception de l’œuvre est devenue presque légendaire—si vous ne la connaissez pas, les bonus du DVD y reviennent en long et en large—et la débrouillardise de Sam Raimi et de son équipe inspire encore aujourd’hui de nombreux jeunes réalisateurs qui veulent percer dans le cinoche de genre : à partir d’un court métrage, Within the woods, réalisé entre potes, Sam Raimi, Robert Tapert et Bruce Campbell ont démarché médecins et avocats pour aligner un budget de long métrage, ridicule, en leur offrant tous les droits et toutes les éventuelles recettes présentes et à venir. Le contrat est juteux et permet à Raimi de tourner le film qu’il souhaite, avec une latitude extrême et le soutien de ses ami(e)s et collègues acteurs et techniciens.

L’histoire est réduite à sa plus simple expression : une bande de cinq potes, deux couples et une jeune femme, va passer un week-end en forêt dans un chalet. Ils découvrent à la cave un inquiétant enregistrement qui réveille l’esprit de Kandar, démon enfermé dans ces bois, et qui se fera une joie de les posséder un à un et de les changer en morts vivants.

C’est l’occasion pour Raimi, jeune surdoué pas encore reconnu, de créer, dans une ambiance totalement détendue, et d’expérimenter. A l’occasion d’Evil dead, il invente la « shaky-cam », utilise la caméra subjective pour personnifier l’esprit de la forêt le long de mouvements d’appareil planants et ahurissants, accroche la caméra à sa moto pour créer des vues menaçantes et hyper dynamiques, construit une tension palpable et une ambiance poisseuse qui culminent via des images sombres, contrastées et colorées, outrées et décadrées, grossières et hyper zoomées, sur fond de massacres tellement gores que leur caractère dégueulasse dépasse la seule notion d’écoeurement pour devenir une aventure très fun et, surtout, monstrueusement originale dans son surréalisme, définitive et cinématographiquement inventive.

Il n’y a qu’à voir ces champs où Bruce Campbell/Ash, les yeux exorbités par la peur, est surplombé de l’horloge, ce plan inouï où la caméra, à l’envers, parcourt tout le personnage sur son axe vertical et se repositionne sur son visage. Ou encore ce travail phénoménal sur le son qui explose par l’une des plus grandes idées cinématographiques contemporaines (et qui aura une importance considérables sur les productions à venir !), où la caméra, effrénée, entame un travelling latéral avec point de vue depuis le plafond vers le sol—Ash étant vu en plongée extrême—créant un bruitage purement cinématographique (qui ne peut donc pas exister dans le cadre de l’action et aux oreilles des personnages : c’est un son purement spectatoriel) à chaque passage à proximité d’une poutre…

Le film n’est pourtant pas parfait et pas totalement abouti (les trouvailles visuelles et d’appareil ont du mal à cacher tout un aspect narratif foireux qui ne dépasse pas le chips/bières entre ados), mais il transpire une certaine sincérité dans sa démarche, annonciatrice d’imposantes ambitions de mise en scène, et qui se révéleront par la suite dans le carrière de Sam Raimi.

 

Tourné à l’origine en format 16 mm plein cadre 1.33:1 (boosté en 35 mm lors du tirage), Evil dead est présenté dans une copie neuve nettoyée et recadrée en 1.78:1 sous la supervision de Sam Raimi, pour correspondre à la diagonale des toiles de cinéma panoramiques ainsi qu’à la dalle de votre téléviseur 16/9.

L’argument du 16/9 aurait pu créer un désastre au niveau des cadres, mais il faut bien reconnaître que, à quelques exceptions près (il est perceptible dans certains plans qu’il manque de l’information dans l’image, surtout si on se souvient du film dans sa présentation initiale !), les choix de recadrages opérés par Raimi sont très satisfaisants et plutôt pertinents, et confèrent à l’œuvre une dimension et une ouverture dans l’espace inédites.

Le 16 mm impose une définition passable, des couleurs baveuses et un grain extrême. Si l’on garde cette contrainte en tête, la copie se révèle très correcte et la restauration est même assez réussie, son côté « abîmé » permettant de conserver un certain cachet à l’œuvre.

 

La VO DTS ne peut pas promettre de miracles, mais elle assure dans sa propre catégorie : les dialogues sont très clairs, la bande son est propre, dynamique, ouverte et étonnemment généreuse en basses. Par contre, la spatialisation est inexistante—ou presque. La VO DD 5.1 se situe un cran en dessous, et la VO 2.0 ressuscite avec satisfaction la piste mono d’origine (sur deux pistes).

La version française, d’époque, assez sympathique et surtout riche en voix de doublage connues dans les années 80, souffre d’un manque global d’intelligibilité dans son mixage 5.1. Parfois, on ne comprend même absolument rien du tout de ce qui est dit et la dynamique de la piste est très décevante par rapport à sa voisine en VO. Préférez à la rigueur la VF 2.0, pas géniale non plus, mais un poil plus intègre.

A noter qu’aucun sous-titre n’est disponible sur les VO mais les dialogues sont peu nombreux et très faciles à comprendre.

 

Le contenu éditorial est très riche et passionnant, mais malheureusement non sous-titré.

Commentaire audio complet et informatif de Sam Raimi et Robert Tapert, mais un peu longuet et ennuyeux. Commentaire audio de Bruce Campbell (avec courte introduction vidéo), qui vaut son pesant d’or ! Le nombre de blagues irrésistibles à l’humour froid couplé à une masse d’informations et d’anecdotes sur le projet en font l’une des rares réussites de cet exercice.

Documentaire « Fanalysis » (26’), exclusif à cette édition DVD, réalisé par Bruce Campbell. L’acteur se met en scène à la recherche d’une théorie évolutive sur la notion de fan extrême. Effroyablement drôle, tendre et ironique, mis en images avec inspiration, ce n’est rien de moins qu’un petit bijou de réalisation et d’écriture.

« Discovering Evil dead » (13’) raconte le succès immédiat d’un film qui n’aura au départ pas été distribué au cinéma et qui se sera fait connaître par les petits festivals « déviants » et le marché naissant de la VHS. Un témoignage précieux et éclairé.

Prises de vues directes du tournage, mariées à des plans coupés, sans montage quelconque. Un peu long pertinent pour décrire l’atmosphère de cette production.

Bonus caché (mettez en surbrillance le squelette de gauche dans la deuxième page des bonus) : discussion entre Robert Tapert et le casting féminin d’Evil dead à l’occasion d’une projection récente du film, où Evil dead 4 est remis sur le tapis.

Bandes annonces, spots TV, affiches et (nombreuses) photos de tournage et de production.

 

L’édition « Book of the Dead » est sans doute le support de référence d’Evil dead. Le DVD est présenté dans un judicieux écrin en caoutchouc qui reproduit le Livre des Morts. La qualité de sculpture du visage et des formes est simplement étonnante ! L’intérieur est composé de copies des pages écrites en lettres de sang de l’ouvrage, signées par le designer original de l’objet. Un passionnant et imposant livret accompagne le tout et revient principalement sur l’histoire de l’édition d’Evil dead sur les différents supports (VHS, LD, DVD). Affolant de voir à quel point le film a nourri le marché de la réédition…

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