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J'en profite pour saluer Grey dont le blog vient d'atteindre les 20 000 visiteurs. Continue ainsi !
Altered States
Titre français : Au-delà du réel
Un film de Ken Russell (1980) avec William Hurt
Un DVD zone 1.
Résumé : Le Dr Jessup est un membre éminent de la communauté scientifique. En passe de recevoir son doctorat pour enseigner à Harvard, il poursuit des expériences sur l’exploration de la conscience par le biais de l’isolation sensorielle, à une époque où cette dernière tombait déjà en désuétude. Sa rencontre avec Emily, autre brillante scientifique, et leur mariage l’éloignent un temps de ses recherches. Mais Eddie Jessup est un homme particulier, un passionné de la Vérité, prêt à tout sacrifier à sa quête éperdue. Alors que son couple bat de l’aile, il apprend l’existence d’une drogue utilisée par des descendants des Aztèques et qui permet de remonter jusqu’à « à sa première âme incréée ». Il n’en faut pas davantage pour qu’il l’expérimente sur lui-même afin d’accéder à cette formidable banque de données sur l’Humanité dont dispose le cerveau pour pouvoir trouver les réponses à ses questions. Mais, ce faisant, il risque de se perdre, en tant que mari d’abord, puis en tant qu’homme : il est des domaines auxquels il vaut mieux ne pas toucher…
J'ai toujours adoré ce film, sans doute pour sa façon particulière, propre à Russell, de représenter les visions hallucinatoires, fortement teintées de symbolisme et de théologie : Jessup nous fait partager, au travers d’explosions kaléidoscopiques, de bruits assourdissants, d’éclairs et d’inserts à forte connotation religieuse, ces sensations qu’il traque inlassablement jusqu’à ce qu’il en vienne à atteindre les débuts de l’humanité, voire les prémisses de la vie elle-même. Encore une fois, il s’agit de défier le Démiurge, d’expérimenter ce qui ne tient qu’à la Foi, d’aller aux origines de l’Existence.
Mais, contrairement à Gothic qui ressemble plus à un joyeux foutoir pas mal bordélique et trop stylisé pour être honnête, Au-delà du réel est nettement plus posé, centré sur un personnage en quête d'une vérité qui transcende l'humain. Les séquences oniriques viennent scander la progression de ce chercheur qui se perd lui-même et ne devra sa rédemption qu'à l'amour que lui porte indéfectiblement sa femme. Servi par des images fixées dans l'inconscient collectif (les Simpsons eux-mêmes l'ont honoré d'un épisode culte où Homer mange un chili ultra-épicé), une bande son très réussie et une interprétation géniale (William Hurt passe par tous les stades avec une facilité déconcertante : dire qu’il s’agit de son premier rôle au cinéma !), le film, par sa façon particulière de nous prendre aux tripes et de nous faire ressentir l’Indicible, est un de mes préférés. Seule la partie sur le proto-humain, trop longue et nuisant à la dynamique de l'ensemble, trahit l'âge de l'œuvre.
Evidemment, on peut aussi critiquer la façon un peu légère dont Eddie utilise et consomme la drogue contenue dans ces champignons miraculeux venus du Mexique : il est pourtant régulièrement tenu informé des risques qu’il encourt, voire mis en garde, et parfois de façon véhémente par ses collègues et amis qui se préoccupent davantage de sa santé que du but de se recherches. Là encore, dans l’hésitation qu’ils ont à accepter l’évidence même (sa « régression » physiologique après l’une des expériences mêlant isolement et drogue, pourtant prouvée par analyses et radios), dans cette frilosité qu’ils manifestent lorsqu’il a besoin d’eux pour poursuivre – parce que, tout en vitupérant contre l’inanité de ses recherches, ils craignent qu’il ait raison – et surtout dans la fascination, presque malsaine, qu’ils ne peuvent s’empêcher de ressentir devant ses travaux, je frissonne d’aise tant l’intensité des dialogues parvient à traduire la tension et l’importance de l’événement. C’est tout autant ce défilé d’images quasi hypnotiques que son association avec les implications philo-théologiques engendrées qui me ravit : ici, l’Homme touche à l’Absolu. Oh ! du bout d’un doigt léger, mais fureteur, inquisiteur et persévérant. Il ouvre les Portes de la Création et contemple l’Au-Delà. Et quand bien même il ressemblerait à l’Enfer, écarlate et cruel (tel qu’aperçu lors de séquences empruntées à l’Enfer de Dante), Eddie ne s’en tiendrait pas à cet aveu d’impuissance ; un de ses derniers et amers constats, après être remonté si loin dans la conscience primale est de dire :
Le but d’une éternité de souffrance n’est rien d’autre qu’encore plus de souffrance.
On n’est pas dupes : s’il n’y avait tant d’amour inquiet chez sa femme, il irait encore plus loin.
La fin, splendide mais abrupte, ressemble à l’esquisse d’une morale mal digérée, mal assumée devant le syndrome de Frankenstein. Elle a le mérite de faire ressortir ce qu’il y a de plus beau chez l’Homme, qui peut venir à bout des passions les plus malsaines, et toucher chacun d’entre nous, même les damnés.
Belles images parfois piquetées de points blancs.
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