Les Cantos d’Hypérion
Une saga de science-fiction de Dan Simmons
Des pèlerins soigneusement sélectionnés par
différentes factions politiques ou religieuses doivent se rendre sur la planète Hypérion, un astre à l’écart du centre galactique, afin de trouver dans les Tombeaux du Temps (qui évoluent
chronologiquement à l'envers, artefacts expédiés depuis un lointain avenir et censés s'ouvrir prochainement) une réponse à la crise intermondiale qui se prépare, car l’Hégémonie humaine est au
bord de l’implosion. Durant leur voyage frappé du sceau du désespoir, ils se (nous) racontent leur histoire : entre le père éploré narrant la souffrance de sa fille grandissant à rebours,
le poète adulé et maudit qui a « perdu les mots » après avoir quitté la Terre mourante, le soldat racontant sa rencontre avec une beauté surnaturelle apparaissant dans ses
entraînements holographiques, le prêtre parlant d'une race de primitifs vénérant un cruciforme vampirique et la chasseuse de prime évoquant un cybride de poète disparu... S’y ajoutent un consul
possédant son propre vaisseau privé (un luxe inouï) et un mystérieux Templier arrivé à bord d’un Vaisseau-Arbre.
Au-dessus de tout cela, l'ombre des IA qui régentent
tout l'empire humain et des Extros dont personne ne sait rien plane en autant de menaces protéiformes.
Un livre univers, racontant la grandeur et la décadence d'une civilisation trop ambitieuse mais inconsciente de ses excès et de la façon dont elle renaît de ses
cendres en cherchant à se départir de ses anciens alliés trop encombrants. Un drame poignant autant qu’une vraie tragédie grecque à multiples facettes : les hommes se mêlent aux demi-dieux
et divinités issues de la technologie et accomplissent leur destin, écrit de toute antiquité. Une réflexion sur la condition humaine teintée de philosophie (les références à Nietzsche, Kant et Kierkegaard sont manifestes, pour peu qu’on les
connaisse) et mâtinée de références bibliques et littéraires (Shakespeare et Dante s’ajoutent aisément à
l’incontournable John Keats). En creusant un peu, on est surpris de trouver de nombreux parallèles avec la
métaphysique abordée dans Matrix : le dilemme persistant entre le choix d’une vie balisée sur les rails des probabilités, programmée par des
entités insaisissables et pragmatiques et d’une autre axée sur le libre-arbitre, le risque et l'aléatoire, c’est celui de Neo devant
l’Architecte.
Le thème est celui de la mort des dieux et de leur difficulté à accepter leur exil. Celui de la souffrance, de la
transformation et de l'injustice. Celui du poète, également. Il pensait que c'était le poète qui souffrait le plus de toutes ces injustices.
Dan Simmons (parlant de Keats et de son oeuvre Hypérion)
Hypérion, vous l’aurez
compris, est prenant, haletant, émouvant, grand, déroutant, époustouflant. C’est à la fois novateur dans son approche et respectueux des thèmes abordés. Et c’est fort bien
écrit.
Seules ont été évoquées ici
les bases de l’univers dépeint dans le premier volume de 4 romans qui ont décroché de très nombreux prix internationaux, dont le prix Hugo et plusieurs fois le prix Locus. Les Cantos d’Hypérion sont constitués de 4 volumes :
-
Hypérion
-
La Chute d’Hypérion
-
Endymion
-
L’Eveil d’Endymion
Les deux premiers se suivent et se complètent. Les deux suivants se situent quelques décennies après les événements décrits dans
la Chute… : une nouvelle humanité, de nouvelles croyances et religions, de nouveaux héros ignorants
leur propre destinée, de nouveaux drames où les protagonistes seront chaque fois dans l'expectative, hésitant entre des principes de vie et une foi vacillante mais toujours les mêmes menaces,
plus retorses, plus perverses et plus résolues que jamais à précipiter la chute de l’Homme.
Indispensable.
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