le Nom de la Rose
Un film de Jean-Jacques Annaud (1986) avec Sean Connery (Guillaume de Baskerville), Christian Slater (Adso) et Valentina Vargas (la paysanne)
Résumé CommeauCinéma : Nous sommes en l'an 1327, et le moine franciscain Guillaume de Baskerville part enquêter dans une abbaye bénédictine où des morts horribles et mystérieuses frappent la confrérie. Il est accompagné de son jeune novice, Adso, qui va en profiter pour apprendre énormément de choses aux côtés d'un homme de science tel que Guillaume…
Un film magistral, élégant et intriguant qui séduit par son intelligence formelle et son sujet. Jean-Jacques Annaud a signé un chef-d’œuvre authentique adapté d’un roman dense et subtil ( d’Umberto Eco) grâce à des scénaristes expérimentés tels Gérard Brach et Andrew Birkin. Il fallait bien cela pour s’atteler à un monument littéraire – le genre de défi qui ne pouvait que stimuler Annaud. Cinq ans de préparation tout de même, avec de très nombreux comédiens envisagés pour les différents rôles.
Et le résultat est parlant.
Le film en lui-même est ancré dans le mystère médiéval, en ces sombres années annonciatrices de la Guerre de Cent Ans (le règne de Philippe le Bel s’est achevé après le retentissant procès des Templiers) où pourtant perce l’espoir d’un monde meilleur, plus ouvert sur les cultures et moins replié sur des pratiques obscurantistes : le Grand Inquisiteur Bernardo Gui (interprété par un F. Murray Abraham inquiétant) est un personnage historique, connu pour avoir soumis à la Question près de 900 personnes (au moins 42 n’y ayant pas survécu). A son image, l’atmosphère est savamment entretenue, à l’aune d’une Europe plongée dans les tourments du doute après l’échec manifeste des Croisades (la Neuvième ayant eu lieu en 1272 et Saint-Jean d’Acre étant tombée en 1291). L’éclairage des séquences est à l’image du contexte : ciel chargé, lumière incidente, brumes du soir et brouillard du matin, et tous ces plans en intérieur éclairés par des torches fumeuses et des chandelles tremblotantes. De même, Annaud a tenu à renforcer le caractère sinistre de ce lieu pourtant dédié au travail et à la prière : les figurants ont été expressément choisis pour leur « gueule » et on a plutôt l’impression d’assister au défilé des pensionnaires d’un asile tant les traits frisent le grotesque (voir la fin d’Amadeus où Salieri se proclame prince des médiocres). Quant aux décors liés à cet étrange monastère perché dans les hauteurs alpines, ils imposent leur angoissante présence aux misérables protagonistes de cette histoire : lorsque les moines évoquent le Malin qui rôderait dans les couloirs perpétuellement plongés dans la pénombre, il est aisé d’y croire. A l’évidence, dès l’arrivée de Guillaume et de son novice sur les lieux, on aurait tendance à les croire, comme l’exprime Adso, « abandonnés de Dieu ». Troublante affirmation, pour un monastère…
La caméra s'attache pourtant aux personnages et, entre la placidité classieuse d'un Sean Connery (qui y trouve peut-être son meilleur rôle), le regard perpétuellement stupéfait de Christian Slater et l'hallucinante prestation de Ron Perlman (qui n'est pas doublé en VF), on en oublie presque les enjeux fondamentaux d'une œuvre remarquable sur la fin de l'innocence et les prémisses d'un humanisme salvateur.


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