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par Vance publié dans : Littératures

Les Cantos d’Hypérion

 

Une saga de science-fiction de Dan Simmons

 

Des pèlerins soigneusement sélectionnés par différentes factions politiques ou religieuses doivent se rendre sur la planète Hypérion, un astre à l’écart du centre galactique, afin de trouver dans les Tombeaux du Temps (qui évoluent chronologiquement à l'envers, artefacts expédiés depuis un lointain avenir et censés s'ouvrir prochainement) une réponse à la crise intermondiale qui se prépare, car l’Hégémonie humaine est au bord de l’implosion. Durant leur voyage frappé du sceau du désespoir, ils se (nous) racontent leur histoire : entre le père éploré narrant la souffrance de sa fille grandissant à rebours, le poète adulé et maudit qui a « perdu les mots » après avoir quitté la Terre mourante, le soldat racontant sa rencontre avec une beauté surnaturelle apparaissant dans ses entraînements holographiques, le prêtre parlant d'une race de primitifs vénérant un cruciforme vampirique et la chasseuse de prime évoquant un cybride de poète disparu... S’y ajoutent un consul possédant son propre vaisseau privé (un luxe inouï) et un mystérieux Templier arrivé à bord d’un Vaisseau-Arbre.

Au-dessus de tout cela, l'ombre des IA qui régentent tout l'empire humain et des Extros dont personne ne sait rien plane en autant de menaces protéiformes.

 

Hypérion est pourtant l’archétype du space opera post-moderne. Simmons y a tout compris car il a mêlé les préoccupations les plus récentes en matière d'environnement et de préservation des espèces au souffle épique des récits de l’âge d’or (le spectre des Futurians est présent dans ces batailles cosmiques, ces races extraterrestres, ces mondes étrangers) et à une structure éclatée doublée d'un vrai sens de la narration. Le premier volume est un tour de force puisqu'il est conté par quelques-uns des protagonistes, souvent à la première personne, parfois en un rapport circonstancié, quand ce n’est pas la lecture d’un journal intime relatant une expérience hors du commun, et, chaque fois, avec un souci de véracité en s’appliquant à modifier le style d’écriture. Les fans de John Brunner ou de William Gibson apprécieront l’histoire de Brawne Lamia, cette détective tombée amoureuse d’un androïde reprenant les schémas mentaux d’un poète de l’Ancienne Terre – et allant jusqu’à se perdre dans les méandres de l’infosphère, véritable univers virtuel interne multi-strates dans cette galaxie riche de possibilités. On pleurera devant le drame insoutenable de Sol Weintraub, ce père éploré, professeur d’Histoire et écrivain spécialisé dans l’Ethique, cherchant des réponses à la maladie de sa fille qui, chaque jour, se rapproche de celui de sa naissance. On vibrera aux aventures épiques du colonel Fedmahn Kassad, vétéran d’origine palestinienne respecté pour ses faits d’arme et haï pour le caractère expéditif de ses solutions martiales, soldat dans l’âme à la poursuite d’une chimère qu’il n’a connue qu’au cours d’étreintes aussi improbables que torrides après avoir passé sa vie à réprimer des velléités de révoltes nationalistes. A moins qu’on ne soit secoué par ce prêtre qui est allé jusqu’à se crucifier pour échapper à des souffrances insoupçonnables et infinies dues à sa quête éperdue des origines de la chrétienté.

 

Dans Hypérion, on se déplace par des portails distrans (les plus riches ont des maisons ouvrant sur plusieurs planètes !) car entretenir un vaisseau coûte cher et n’est à la portée que des gouvernements planétaires : on peut ainsi « sauter » presque instantanément d’un monde à l’autre, bronzer sur une des îles mobiles d’Alliance-Maui (planète naguère sécessionniste), dîner dans un des restaurants de Tsingtao-Hsishuang Panna, suivre des cours dans l’une des universités de Barnard, fréquenter un casino sur Fuji, faire ses courses sur Renaissance Minor ou Tau Ceti Central ou encore se baigner dans Mare Infinitus. La majorité des gens sont connectés à l’infosphère et les IA régentent tout, permettant aux hommes de se consacrer davantage aux loisirs et d'oublier un passé trouble où, à la suite d’une expérimentation fatale, la Terre a été avalée par un trou noir, forçant les hommes à migrer vers d’autres cieux. Il y a pourtant des révoltes, des guerres vite réprimées par les armées de l’Hégémonie. Et que dire de ces Extros, une race humanoïde qui refuse la technologie offerte par les ordinateurs pensants du Retz et se déplace en colonies dans des comètes errantes ?

Alors que les signes néfastes se multiplient, que les prélats de l’Eglise gritchèque y voient une fin des temps imminente et que la Présidente Meina Gladstone fourbit ses plans de contre-offensive aussi impopulaire que désespérée, sur Hyperion, le Gritche a commencé à refaire son apparition : entité semant la peine et la douleur, étrangement liée aux Tombeaux du Temps, il est aussi invulnérable qu'implacable, autant mythe que réalité ; il tue, découpe, décapite et transperce avant de disparaître et de réapparaître ailleurs, modelant le temps et l’espace à sa convenance et empalant ses victimes sur le monumental Arbre de la Douleur où elles gémiront une éternité entière. Révéré tel un dieu de souffrance par quelques illuminés (ou initiés ?), il est le vrai Croquemitaine de cette époque troublée où 7 personnes étrangères l’une à l’autre se demandent en quoi elles peuvent constituer la dernière chance de l’Humanité. A moins qu’on leur aurait menti ? En ce cas, qui détiendrait des secrets ? Et si celui qui précipitera la fin de l’Hégémonie humaine était parmi ces pèlerins de l'impossible ?

Lorsque l’un d'eux disparaît, les autres comprennent qu’il est temps de se serrer les coudes en partageant leurs informations. Le crépuscule de l’Hégémonie s’annonce insensiblement : des mondes, des civilisations entières sont en passe de disparaître – et l’ennemi n’est ni clairement identifié, ni vraiment identifiable.

 

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par Vance publié dans : Littératures

les Cantos d’Hypérion

 

Une saga de science-fiction de Dan Simmons (1989 à 1997)

 

Des pèlerins soigneusement sélectionnés par différentes factions politiques ou religieuses doivent se rendre sur la planète Hypérion, un astre à l’écart du centre galactique, afin de trouver dans les Tombeaux du Temps (qui évoluent chronologiquement à l'envers, artefacts expédiés depuis un lointain avenir et censés s'ouvrir prochainement) une réponse à la crise intermondiale qui se prépare, car l’Hégémonie humaine est au bord de l’implosion. Durant leur voyage frappé du sceau du désespoir, ils se (nous) racontent leur histoire : entre le père éploré narrant la souffrance de sa fille grandissant à rebours, le poète adulé et maudit qui a « perdu les mots » après avoir quitté la Terre mourante, le soldat racontant sa rencontre avec une beauté surnaturelle apparaissant dans ses entraînements holographiques, le prêtre parlant d'une race de primitifs vénérant un cruciforme vampirique et la chasseuse de prime évoquant un cybride de poète disparu... S’y ajoutent un consul possédant son propre vaisseau privé (un luxe inouï) et un mystérieux Templier arrivé à bord d’un Vaisseau-Arbre.

Au-dessus de tout cela, l'ombre des IA qui régentent tout l'empire humain et des Extros dont personne ne sait rien plane en autant de menaces protéiformes.

 

Les grands créateurs d’univers aiment détruire leur œuvre.

Du moins le font-ils volontiers. Sans doute toutefois versent-ils (au moins) une larme chaque fois qu’ils entreprennent l’éradication de tout ce qu’ils avaient développé.

Pour mieux reconstruire sans doute. L’appel de la table rase.

C’est tellement vrai en SF. Moorcock qui nous dépeint les Jeunes Royaumes que son héros Elric traverse de long en large avant d’être à l’origine de son anéantissement – qui permettra la naissance d’une nouvelle réalité – la nôtre - où les hommes auront une nouvelle chance de trouver l’équilibre entre la Loi et le Chaos ; son monde du Tragique Millénaire est le décor d’une Europe se relevant difficilement d’un holocauste nucléaire. Robert Jordan qui évoque l’inévitable cataclysme qui frappera, une fois encore, le monde lorsque le Ténébreux se libèrera et mettra fin au règne des hommes. Philip José Farmer qui raconte les hauts faits d’une poignée d’hommes affrontant les dangers de cette mystérieuse planète au fleuve gigantesque au bord duquel ils ont ressuscité – jusqu’à ce qu’on apprenne que tout était destiné à disparaître à la fin d’une étrange expérience extraterrestre (le Fleuve de l’Eternité). Peter F. Hamilton qui se plaît, dans l’Aube de la Nuit, à nous narrer la façon dont l’Humanité essaimée dans les étoiles se trouvera confrontée au pire péril de son existence, voué à semer le chaos dans les bases même de la société humaine. Asimov qui, au travers de la série Fondation (voire de son œuvre entière), décrit un empire, celui de Trantor, qui s’effondrera avant que des descendants des premiers psychohistoriens ne tentent de le faire renaître de ses cendres. Grandeur et décadence… La trilogie Matrix ne dit pas autre chose : Zion, dernier bastion de l’Humanité, est vouée à tomber, à moins que…

Pour en revenir à Asimov, il avait affirmé avoir trouvé dans ses premiers travaux scientifiques sur l’Histoire la source de la plupart de ses récits ultérieurs : le passé offrait tant d’exemples probants dans lesquels il suffisait de piocher en adaptant intelligemment. L’empire romain, c’est Trantor sur Terre.

Le space opera se délecte de telles situations, à moins qu’il ne s’engonce dans la planetary romance à la Ténébreuse (Marion Zimmer Bradley) où le but est surtout de raconter des histoires prenant l’univers créé comme objectif en soi, presque comme un personnage (voir aussi Ose de Farmer). Construire, détruire, et peut-être ce besoin pervers de faire souffrir le lecteur/spectateur qui s’était attaché aux êtres et avait admiré les décors. Comment ne pas ressentir un pincement au cœur lorsque le Riddler détruit la Batcave dans Batman forever ? Ou lorsque Shiita et Pazu déclenchent l’autodestruction de Laputa dans le Château dans le ciel ?

Ca me fait mal, à chaque fois.

Et Hyperion m’a fait mal, aussi. Peut-être davantage encore tant l’univers cohérent était décrit avec passion et finesse, avec un savoir-faire étonnant, une précision époustouflante, combinant de nombreuses références puisées à la SF traditionnelle aux préoccupations du cyberpunk  et des romans de fin du monde à la Ballard : 200 mondes, 150 milliards d’individus. Destinés à disparaître.

Cruelle inéluctabilité.

A SUIVRE...

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