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Couleurs, modus operandi

Après avoir lu les questions et doléances de surfeurs du web qui quémandaient un accès direct à certaines archives, j'ai pensé à réexpliquer ici même le code de couleurs employé. Tout d'abord, il existe deux grandes familles de liens : les liens internes, marqués en bleu sur ce blog, qui renvoient à un article ou une page fixe du Journal de Vance ; les liens externes, marqués en rouge, qui renvoient à un autre site ou blog. Ensuite, en raison de leur collaboration ponctuelle, certains articles sont rédigés dans des couleurs spécifiques, celles de Broots, Jennifer & TWIN.
Et retrouvez la boutique de Vance sur cette page !

par Vance publié dans : Littératures

Un roman de Philippe Curval,  « Folio SF », ãGallimard 1967

 

Philippe Curval est un pilier de la SF hexagonale, doté d’une écriture élégante et riche, l’un des auteurs les plus reconnus de la scène française (Cette chère humanité a même obtenu le prix Apollo en 1971) mais également un anthologiste et un critique littéraire respecté. De son propre aveu, il s’est toujours dévoué à une SF « littéraire, psychologique, métaphysique, sans complexe à l’égard de la science », à tel point que certains de ses romans ont du mal à être catalogués.  

 

C’est le cas ici. Ce court roman écrit entre 1963 et 1965 s’inscrit dans la veine de ses œuvres « classiques ». En trois parties scandées par des chapitres brefs, Curval nous raconte

 

l’histoire d’un amour chaotique entre Blaise Canehan, géologue parisien, et cette Sarah qu’il va séduire et emmener à Venise. Mais comme une obligation professionnelle l’oblige à la quitter quelques temps et à mettre leur passion entre parenthèses, les deux amants fantasques vont créer un jeu délicieusement pervers par lequel il devra la séduire à nouveau en s’inventant un avatar, un double. Un jeu dangereux lorsqu’on s’y adonne aussi totalement, sans en connaître les conséquences sur la psyché, les sentiments et la perception du temps.

La grande majorité de l’ouvrage se déroule dans la cité des Doges, intemporelle, mystique et fantasmée, dont chaque pierre, chaque ruelle semble participer aux évolutions charnelles et aux introspections régressives, par le biais d’un style lourd, empesé, où le vocabulaire exotique est roi et les dialogues rares, où Blaise, dans sa dualité floue, dans ce décor délétère, erre entre Baudelaire et Maupassant, se noie autant dans la lagune que dans les liqueurs vénitiennes, et se perd dans les brumes de lendemains qui déchantent.

 

Ah, voir le crépuscule descendre! Le nocturne se précise. La nuit est proche avec son parfum de bar. Pour la première fois depuis ce matin je me sens à peu près moi-même. Il règne une odeur douceâtre de gangrène, le cadavre d'un vieil ami que l'on conserverait dans un coffre de bois peint et que l'on parfumerait. 

L’ensemble est troublant, déroutant, surtout si l’on s’attend, à chaque chapitre, à l’irruption de l’élément surnaturel qui nous baliserait plus facilement la voie. Dans ses doutes existentiels, dans la façon dont le temps lui-même s’effiloche, on n’est jamais très loin de Philip K. Dick. L’auteur nous promène dans un faux rythme, sensuel et indolent, entre désespoir et perte de repères, vers une conclusion forcément irréelle. Si on a du mal à souffrir avec les protagonistes, on ne peut qu’être fasciné par l’élégance du verbe et l’insolente beauté des paysages.


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par Vance publié dans : Tous les films

Un film de Christopher Nolan (2006) avec Hugh Jackman, Christian Bale, Michael Caine.

Au début du XXe siècle, à Londres, deux jeunes illusionnistes se retrouvent adversaires et concurrents à la suite du décès tragique de la femme de l’un d’entre eux. Dans ce monde fondé sur le spectacle et le secret, poussés par une obsession de plus en plus vive, ils vont chacun leur tour tenter de dérober les trouvailles de l’autre, jusqu’à ce que l’un d’entre eux y perde la vie et que l’autre risque la pendaison.

Avec ce film, le réalisateur de Memento et de Batman Begins signe son manifeste pour le cinéma : le parallèle est en effet évident, notamment lorsqu’on entend les dernières paroles d’Angier qui estime que tout spectacle est fondé sur une duperie acceptée par les spectateurs. Une thèse défendue par certains théoriciens du 7e Art. A travers un récit déconstruit mêlant présent et passé avec virtuosité, se servant des carnets de l’un et de leur transcription par l’autre, on suit avec un certain bonheur et une fascination totale la grandeur et les décadences de ces deux artistes opposés en tout, mais tout aussi acharnés à prendre leur rival de vitesse, ou à le surpasser. Quitte à passer à côté d’une vie qui leur tend les bras, à l’image des femmes qui ponctuent leur existence comme autant de repères dérisoires, autant de balises invitant à garder les pieds sur terre. Même si on peut déplorer qu’au 4/5e du récit toutes les ficelles de ce brillant scénario aient été dénouées, on ne peut que se délecter d’un récit stylisé à la mécanique parfaite, invitant à chaque seconde à l’attention (« Est-ce que vous regardez attentivement ? » clame régulièrement l’un des interprètes) et à la concentration, fournissant fausses pistes et sujets de réflexions à foison, recoupements et rebondissements malins tout en nous tenant en haleine jusqu’à la fin de ce drame victorien flirtant intelligemment avec le surnaturel et la perception de la réalité (le roman d’origine, après tout, est signé de Christopher Priest, le talentueux auteur du Monde inverti). Les amateurs de twist rechigneront peut-être, ne trouvant pas leur compte dans l’acte final alors que tout ce qui précédait l’annonçait, mais l’important n’est pas là : il vaut mieux admirer la puissance de l’interprétation, dominée par un Christian Bale impressionnant, offrant une multitude de visages et une palette d’expressions fascinante, face à un Jackman carré et imposant, révélant quelques failles qui enrichissent son jeu. A leurs côtés, Michael Caine est toujours impérial, pas très loin du rôle d’Alfred dans Batman.

 

 

Peut-être pas très touchant, le film s’intéresse davantage aux artifices et aux dessous des tours qu’aux acteurs du spectacle, livrant une réflexion nécessaire sur les dualités magie/technologie, improvisation/rigueur, irrationnel/logique qui sont à la base de toute expression artistique. Pour peu qu’on soit dupe dès l’entame – ou qu’on ait simplement envie de l’être, le spectacle est total.

 


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