Un roman de Philippe Curval, « Folio SF », ãGallimard 1967
Philippe Curval est un pilier de
élégante et riche, l’un des auteurs les plus reconnus de la scène française (Cette chère humanité a même obtenu le prix Apollo en 1971) mais également un anthologiste et un critique littéraire respecté. De son propre aveu, il s’est toujours dévoué à une SF « littéraire, psychologique, métaphysique, sans complexe à l’égard de la science », à tel point que certains de ses romans ont du mal à être catalogués.
C’est le cas ici. Ce court roman écrit entre 1963 et 1965 s’inscrit dans la veine de ses œuvres « classiques ». En trois parties scandées par des chapitres brefs, Curval nous raconte
La grande majorité de l’ouvrage se déroule dans la cité des Doges, intemporelle, mystique et fantasmée, dont chaque pierre, chaque ruelle semble participer aux évolutions charnelles et aux introspections régressives, par le biais d’un style lourd, empesé, où le vocabulaire exotique est roi et les dialogues rares, où Blaise, dans sa dualité floue, dans ce décor délétère, erre entre Baudelaire et Maupassant, se noie autant dans la lagune que dans les liqueurs vénitiennes, et se perd dans les brumes de lendemains qui déchantent.
L’ensemble est troublant, déroutant, surtout si l’on s’attend, à chaque chapitre, à l’irruption de l’élément surnaturel qui nous baliserait plus facilement la voie. Dans ses doutes existentiels, dans la façon dont le temps lui-même s’effiloche, on n’est jamais très loin de Philip K. Dick. L’auteur nous promène dans un faux rythme, sensuel et indolent, entre désespoir et perte de repères, vers une conclusion forcément irréelle. Si on a du mal à souffrir avec les protagonistes, on ne peut qu’être fasciné par l’élégance du verbe et l’insolente beauté des paysages.






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