Vance met en vente

Jeudi 26 juin 2008

publié dans : Tous les films par TWIN

Into the wild ***

Ecrit et réalisé par Sean Penn (2007)

Avec Emile Hirsch, Hal Holbrook, William Hurt, Marcia Gay Harden…

Paramount, DVD zone1 (147 min)

 

Tout juste diplômé de l'université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l'existence confortable et sans surprise qui l'attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui.

Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres.

Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s'aventurant seul dans les étendues sauvages de l'Alaska pour vivre en totale communion avec la nature.

(source : Allo Ciné)

 

Chronique de TWIN : Sean Penn est le genre d’électron américain paradoxalement très attirant, tant son jeu d’acteur, ses personnages, sont toujours sublimés par des incarnations viscérales et maladives dans leur ambiguïté.

L’homme déteint-il sur les rôles quand il trimballe le mouvement d’une quasi élite intellectuelle dans le milieu des artistes de cinéma, se faisant suivre caméra à l’épaule, parcourant voiture sous pieds les rues dévastés du Moyen Orient, pestant contre le protectionnisme et l’arrogance politique internationale de son pays, militant sur tapis de presse pour une prise de conscience éthique et culturelle ?

Un certain orgueil public, une frilosité évidente face aux entrelacs relationnels, ainsi qu’une voix sèche, décidée et subtilement antipathique, suffisent à nourrir un imaginaire de spectateur envers Sean Penn, que l’on retrouve aisément, à tort ou à raison, dans ses attributs de mise en scène.

Ses quatre réalisations ont ceci en commun qu’elles promènent des errances intimes, des quêtes initiatiques lancinantes, sur fond de problématiques sociales, psychologiques ou même philosophiques. The Crossing Guard, The Pledge et Into the wild (je n’ai pas vu The Indian Runner) soulignent la même course jusqu’à l’abîme d’un personnage central qui se laisse dévorer par son obsession, alors que nombre de figures satellites s’offrent comme autant de chances de rédemption. La quête est, sans nul doute, comme à chaque fois, juste et folle ; le discours est, lui, sec, brut, schizophrène dans sa capacité à lénifier et à révulser mais, au final, étrangement apaisant.

De cette fuite en avant—déjà brillamment (et très librement) adaptée dans l’épisode « Luminary » de la saison 2 de MillenniumSean Penn tire une ode à l’incertain, qui part de raison, puis devient passion, et finit comme sagesse d’une tristesse perdue. Avoir constamment passé le visionnage de l’œuvre à en haïr jusqu’à la colère et l’envie de terminer abruptement la séance, et en adorer, scène après scène, dans l’immédiateté, le génie, la virtuosité et l’illumination, me fait m’interroger sur le statut de ce film fascinant.

Le réalisateur semble tour à tour fasciné—le long de plans aux mouvements de caméra et autres artifices bouffis de béatitude (ralentis éhontés, choix musicaux d’une Amérique sociale…) devant le bienheureux retour à soi via ces fabuleux paysages et cette nature insoumise, et d’un montage propice aux valeurs beatniks et aux revendications à la naïveté souriante—et distant, voire apeuré, devant le parcours de son personnage.

Devant tant d’ambiguïtés, de bouillonnements narratifs et de variations de points de vue, je reste stupéfait. Pas ébahi devant des qualités définitives de mise en scène, mais fasciné par le processus de création introspectif et pour sûr un peu trop boursouflé de ce cinéaste, dont l’œuvre dégage une telle puissance symbolique qu’on en sort véritablement différent. Les scènes d’émotion humble avec Hal Holbrook valent quelques grands moments de cinéma, tant l’acteur s’affiche fragile et touchant. Pas évident de parler ou de commenter ce film alors que le générique commence à s’afficher : notre vie toute personnelle semble happée par ce dernier acte en état de grâce, ce cheminement vers quelques plans inouïs d’expressivité (William Hurt, sur la route).

Incontestablement, une œuvre que l’instabilité rend foisonnante.

 

Master riche en textures tactiles et piste 5.1 puissante en ambiances et envolées musicales. Cette édition simple DVD ne propose que des bandes annonces en suppléments, vite survolées, même si beaucoup présentent des films semble-t-il intrigants.

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Mardi 10 juin 2008

publié dans : Tous les films par Vance

le Dictateur

Titre original : the Great Dictator

Film de Charlie Chaplin (1940) avec Charlie Chaplin (le barbier et Hynkel) et Paulette Goddard (Hannah)

Résumé : Pendant la première guerre mondiale, un simple combattant de l’armée de Tomania sauva la vie à un officier nommé Schultz. Mais l’avion dans lequel ils se trouvaient tous les deux s’effondra et le petit soldat passera ainsi plus de vingt ans à l’hôpital. Durant ce temps, le général Hynkel, dictateur de Tomania, avec l’aide des ses deux ministres, Garbitsh et Herring, persécutaient les Juifs sans aucune pitié. Lorsque l’humble combattant sortit de l’hôpital, il n’avait plus aucun souvenir des événements précédents, ni même de la situation présente. Nostalgique, il décida de réouvrir sa boutique de barbier dans le Ghetto et tomba amoureux d’une jeune femme, Hannah. Durant ce temps, Hynkel planifiait l’invasion du pays frontalier : l’Osterlich. Schultz s'y opposa et fut condamné aux camps de concentration. Il organisa alors son évasion du camp en essayant de provoquer une rébellion contre le gouvernement. Il se réfugia chez le petit barbier qu'il reconnut, mais Hynkel le retrouva et brûla la boutique. Les deux hommes furent internés. Pour parvenir à ses fins, Hynkel invita Napolini, le dictateur de Bacteria et ensemble, ils établirent une alliance. L’invasion d'Osterlich fut un succès. Parmi tous les gens réfugiés dans cette ville, on retrouvait Hannah. Mais durant ce temps, Schultz et le barbier réussissent leur évasion. C’est alors que tout se brouille ! Les soldats de Hynkel arrêtent leur propre Dictateur à cause de sa ressemblance avec le barbier. D’un même fait, ils poussent le barbier à aller parler devant la foule qui attend le message du dictateur.

 

Présentation : Un film étonnant, aussi sincère dans sa démarche que déroutant dans sa construction. Chaplin, qui y utilise pour la dernière fois les attributs de son double vagabond (officiellement retiré à la fin des Temps modernes), a construit une œuvre où le mélange d’émotion et de burlesque caractéristique de la majorité de ses réalisations se trouve soudain perturbé par des préoccupations beaucoup plus évidentes que par le passé. Car il y a investi énormément : du temps, de l’énergie, de la créativité, au point que ses relations humaines en ont pâti (son couple avec Paulette Goddard en souffrira cruellement et ses collaborateurs ont plusieurs fois souligné son intransigeance inhabituelle). Commencé en 1937, le tournage a également été perturbé par la menace des studios de refuser d’accorder les fonds – au point que le Président Roosevelt lui-même a dû intervenir. Des écueils, tant politiques qu’économiques, qui n’empêcheront pas Chaplin de mettre la touche finale à son œuvre alors que le monde entier découvrait les véritables intentions d’Hitler, cet homme dont Chaplin avait du mal à supporter la ressemblance (ils sont d’ailleurs né à une semaine d’intervalle !).

Et le résultat fascine : le premier film intégralement parlant de Chaplin suscite l’admiration tant par le montage (malgré quelques ellipses intempestives dues parfois au fait que le réalisateur s’était passé des script-girls) que par l’interprétation faite de ce dictateur tour à tour pathétique et inquiétant, grandiloquent et lâche. On applaudit le parallèle permanent avec le personnage immédiatement sympathique du barbier juif, héros malgré lui, toujours aussi généreux et sensible mais capable de révolte et plus déterminé qu’auparavant, on rit devant les bouffonneries de Herring et on s’interroge lorsque l’âme damnée d’Hynkel, Garbitsch, lui murmure la marche à suivre pour étendre sa domination sur la planète.

Il y aurait tant à dire sur les enjeux de ce film puissant et prémonitoire, automatiquement propulsé comme classique (Eisenhower s’est empressé de le faire doubler en français pour qu’il soit diffusé au lendemain de la Libération) même si les Italiens durent attendre 2002 pour en voir une version non expurgée des scènes de Napaloni – par respect pour la veuve de Mussolini… Chaplin semble avoir été touché de ne recevoir aucun des cinq Oscars pour lequel son film avait été nommé mais il est certain qu’il a dû pousser un soupir de soulagement à la fin du tournage de cette œuvre nécessaire, parfois maladroite mais toujours sincère où le contrepoint du rire n’empêche pas l’amer constat de l’échec de la diplomatie. On n’oubliera plus jamais le plan-séquence fameux chez le barbier (sur du Brahms), la danse avec le globe ou l’émouvant et lancinant discours final.

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