Vance met en vente

Mardi 17 avril 2007

publié dans : Dossiers secrets par Vance

Jeudi 20 mai, 9h ; un des bureaux de la Société Pythagore  

 

Une réunion informelle nous permet de poser à plat les nouvelles directions que prendra l’enquête. On y évoque le médecin d’Amelroy et la boutique de Chinatown.  

 

Les esprits sont clairs, les échanges brefs et professionnels, malgré quelques regards en coin et silences lourds de sens. Je craignais le pire, mais mes compagnons souhaitent visiblement que l’enquête progresse, avec ou sans moi.  

 

C’est alors que ça se gâte : Herton, de son pas lourd et sa voix rocailleuse, vient nous mander chez la patronne. Miss Landry tient absolument à être mise au courant de la progression de l’affaire. Nous nous levons avec hésitation, la gorge soudain sèche. Je perçois une gêne patente chez Nate, alors que Drew, derrière le rempart de ses lunettes noires, me paraît partagée entre la jubilation et l’agacement. Quant à Alex, il m’indique d’un haussement d’épaules éloquent qu’il faudra bien y passer. 

Je me fais l’effet d’aller piteusement me présenter chez le Principal après avoir été pris en train de fumer dans les chiottes. Prêt pour l’admonestation, les lazzis et autres quolibets qui vont de pair. J’essaie tant bien que mal de garder la tête haute, mais rien à faire, mes pieds se font lourds et mon pas chancelant. Nous y voilà. 

 

Pour être franc, l’accueil chez notre ravissante responsable n’a pas été des plus chaleureux : elle a vite montré les limites de sa patience et s’est déclarée furieuse d’avoir été tenue à l’écart de l’enquête. Bien entendu, nous avons dû aborder le cas du Sanctuaire. Elle rétorque alors qu’elle connaissait ce haut-lieu du vampirisme depuis belle lurette et qu’il nous suffisait de consulter les archives (impressionnantes pourtant) de la Société pour éviter de se compromettre comme cela fut le cas. De compromettre la Société. Et Will B. par dessus le marché. J’accuse le coup et je sens quelques perles de sueur humecter mon front. L’est pas commode, la patronne, et elle sait trouver les mots et le ton qui vous glacent tout en vous faisant vous sentir tout petits. Si Baldwin se montre imperturbable, Grey manifeste quelques tics nerveux qui ne présagent rien de bon.

C’est alors que j’ai droit au savon attendu. Se tenir debout, raide et stoïque devant une femme aussi splendide en train de vous rappeler les directives propres à la firme n’est pas aussi simple que ce à quoi je m’attendais ; j’aurais préféré quelques coups de fouet, je pense. Voire d’autres humiliations, mais pas en public, pas devant les collègues. Elle en profite au passage pour appuyer là où ça fait mal : en tant que membre de la section Quêtes de Pythagore, j’ai des responsabilités, envers l’équipe, les dirigeants et le reste des personnes concernées. Je ne dois jamais faire cavalier seul, quand bien même j’aurais des arguments à faire valoir. 

 

« En avez-vous ? 

-          Non, madame, fais-je, contrit. »  

 

Et qu’est-ce que je pouvais bien lui dire ? Que j’ai répondu à une pulsion moins sexuelle que fantasmatique ? Que je voulais explorer une autre facette de ma personnalité ? Que je recherchais le « grand frisson » entre les bras d’une femme vénéneuse ? Que j’avais l’intention de trouver Autre chose en répondant à ses avances ? Autre chose… Jennifer…

 

Je me suis fourvoyé. En beauté. Je n’en mène pas large. En moins de 24 h, je suis mis sur la sellette face à deux femmes époustouflantes de beauté et ne désire qu’une chose : être très loin d’ici, et seul.  

 

Pour tâcher de m’en sortir (eh oui, le Grand Wenceslas se manifestera toujours lorsque ma fierté en prend un coup – c’est à dire au plus mauvais moment), je demande quels sont les critères pour avoir accès aux archives. Miss Landry me répond sèchement qu’elles me sont ouvertes 24 heures sur 24 : je fais partie de la Maison , que je le veuille ou non. Je crois que j’arrive à peine à bredouiller quelques remerciements de pure forme avant de prendre congé.  

 

Penaud et brisé, je sors du bureau la mine défaite : inutile de fanfaronner désormais.

 

Cependant, Drew Linley s’est éclipsée et on m’apprend qu’Alex a accompagné Nate Grey aux labos afin d’examiner la cause des vertiges répétés de ce dernier. On me laisse en plan, quoi.  

 

Eh bien, allons travailler un peu. Je téléphone chez moi, consulte le répondeur : j’ai raté le rendez-vous de trois clients. Avec ma chance actuelle, l’un d’entre eux s’est flingué en tombant sur le message enregistré. Jamais ma vie ne m’est parue si vide et inutile…


ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 16 avril 2007

publié dans : Dossiers secrets par Vance

La situation se décante assez vite, pour finir. Au temps pour ceux qui souhaitaient voir de la baston, ces gens-là sont nettement plus civilisés que leurs avatars de cinéma : la preuve, ils savent discuter. En fait – et pour parler franchement – je n’en reviens pas moi-même. Petit à petit, ça se détend quelque peu, les mâchoires se desserrent, les visages se décrispent. Comme j’arrive en cours, je n’ai pas eu l’heur de tout comprendre, mais, au gré des révélations, je me rends compte que j’ai carrément failli ruiner les plans de la Société , foutant en l’air des années de contacts hasardeux et de surveillance mutuelle. Pire, Will B. lui-même a dû sortir de sa cachette…

 

Car ce bon Will, tenancier de bar de son état, vivait dans le plus grand secret à l’écart de ses « confrères » suceurs de sang. Pour me sauver la mise, il a choisi de flinguer sa couverture et sortir de l’ombre. D’autre part, la raison pour laquelle il a pu le faire tient en une lettre : le B de son nom de famille, qui n’est autre que l’initiale de Belasco. Will est le propre frère du Seigneur de ces lieux. Les liens du sang, chez « eux », gardent vraiment l’importance qu’ils avaient chez les humains jadis. Le tête-à-tête impromptu auquel j’ai assisté n’était rien de moins qu’une réunion de famille 

 

L’orage passé, il me reste à affronter la réalité et celle-ci, au travers des  yeux furibonds de Drew et de l’attitude désespérée de Nate Grey, est loin d’être clémente. J’ai dû sortir tout l’attirail d’une argumentation spécieuse autant que pédante. Effets de manche, fierté ostentatoire, le grand jeu, quoi ! Mes collègues n’en revenaient pas de tant de courage – oui, bon, enfin, il est possible qu’ils aient pris ça comme une autre preuve de mon incompétence, mais je préfère croire que je leur en ai mis plein les yeux. Ne suis-pas le Grand Wenceslas ? 

 

La glace étant rompue, les pourparlers ont commencé. Will avait pas mal dégrossi le problème, et Belasco consent du coup à donner quelques tuyaux. Dans la confusion, je ne sais plus qui a posé les bonnes questions, mais à la mention de Leonard Amelroy, quelques visages se sont éclairés (en même temps, z’étaient pas bien bronzés, ces gusses…).

Le Leonard, apparemment, a un lourd passif : il disposerait de pouvoirs impressionnants et a été présenté comme le persécuteur de Pembroke. Plusieurs des vampires souhaiteraient le voir châtié pour ce qu’il lui a fait (si je sais encore lire entre les lignes, il semblerait qu’ils l’aient déjà tenté, mais sans succès – ce qui veut dire qu’on a affaire à un gars qui terrorise une armée de vampires… Mouais, du gâteau.). Il se trouve que Pembroke s’avère avoir été un de leurs fournisseurs (comprendre : il livrait du sang), ce qui justifie leur colère. Dernière info : le sieur Amelroy aurait également rendu visite à un épicier de Chinatown connu sous le nom de Wang Shu.

Alex termine la description d’Amelroy en nous révélant qu’il a souffert de diabète sucré, mais qu’il s’en est sorti sans l’intervention de la médecine : notre ami connaît l’adresse de son médecin traitant, qui pourra corroborer ses dires.

 

Bigre ! D’autres pistes et des problèmes en pagaille. Donc on a un mec colérique, disposant de pouvoirs singuliers, capable d’en remontrer à tout un clan vampirique et de se guérir tout seul. Et on n’a ni Rambo ni John McClane avec nous. Sans compter qu’il ne sera pas facile désormais de faire équipe avec ceux que j’ai laissés en plan et qui m’ont sauvé la mise en se compromettant. Bref, ça craint.

 

La sortie du Sanctuaire ne se fait pas dans l’allégresse. Seul Will, malgré un sentiment d’accablement qui n’était pas visible par le passé, daigne me souhaiter une bonne nuit. Alex est déjà parti depuis belle lurette et je sens encore, alors que je regagne mon appartement, peser sur mes épaules les regards lourds de reproches de mes autres compagnons.

 

On a rendez-vous le lendemain, dans les bureaux de la Société.

 

Tout ce qu’il me faut, c’est une bonne nuit de sommeil. Essayer d’oublier, quelques heures.

 

Et éviter de me regarder dans le miroir en me lavant.

 

 


ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Blog : Business sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus