Jeudi 20 mai, 9h ; un des bureaux de
Une réunion informelle nous permet de poser à plat les nouvelles directions que prendra l’enquête. On y évoque le médecin d’Amelroy et la boutique de Chinatown.
Les esprits sont clairs, les échanges brefs et professionnels, malgré quelques regards en coin et silences lourds de sens. Je craignais le pire, mais mes compagnons souhaitent visiblement que l’enquête progresse, avec ou sans moi.
C’est alors que ça se gâte : Herton, de son pas lourd et sa voix rocailleuse, vient nous mander chez la patronne. Miss Landry tient absolument à être mise au courant de la progression de l’affaire. Nous nous levons avec hésitation, la gorge soudain sèche. Je perçois une gêne patente chez Nate, alors que Drew, derrière le rempart de ses lunettes noires, me paraît partagée entre la jubilation et l’agacement. Quant à Alex, il m’indique d’un haussement d’épaules éloquent qu’il faudra bien y passer.
Je me fais l’effet d’aller piteusement me présenter chez le Principal après avoir été pris en train de fumer dans les chiottes. Prêt pour l’admonestation, les lazzis et autres quolibets qui vont de pair. J’essaie tant bien que mal de garder la tête haute, mais rien à faire, mes pieds se font lourds et mon pas chancelant. Nous y voilà.
Pour être franc, l’accueil chez notre ravissante responsable n’a pas été des plus chaleureux : elle a vite montré les limites de sa patience et s’est déclarée furieuse d’avoir été tenue à l’écart de l’enquête. Bien entendu, nous avons dû aborder le cas du Sanctuaire. Elle rétorque alors qu’elle connaissait ce haut-lieu du vampirisme depuis belle lurette et qu’il nous suffisait de consulter les archives (impressionnantes pourtant) de
C’est alors que j’ai droit au savon attendu. Se tenir debout, raide et stoïque devant une femme aussi splendide en train de vous rappeler les directives propres à la firme n’est pas aussi simple que ce à quoi je m’attendais ; j’aurais préféré quelques coups de fouet, je pense. Voire d’autres humiliations, mais pas en public, pas devant les collègues. Elle en profite au passage pour appuyer là où ça fait mal : en tant que membre de la section Quêtes de Pythagore, j’ai des responsabilités, envers l’équipe, les dirigeants et le reste des personnes concernées. Je ne dois jamais faire cavalier seul, quand bien même j’aurais des arguments à faire valoir.
« En avez-vous ?
- Non, madame, fais-je, contrit. »
Et qu’est-ce que je pouvais bien lui dire ? Que j’ai répondu à une pulsion moins sexuelle que fantasmatique ? Que je voulais explorer une autre facette de ma personnalité ? Que je recherchais le « grand frisson » entre les bras d’une femme vénéneuse ? Que j’avais l’intention de trouver Autre chose en répondant à ses avances ? Autre chose… Jennifer…
Je me suis fourvoyé. En beauté. Je n’en mène pas large. En moins de 24 h, je suis mis sur la sellette face à deux femmes époustouflantes de beauté et ne désire qu’une chose : être très loin d’ici, et seul.
Pour tâcher de m’en sortir (eh oui, le Grand Wenceslas se manifestera toujours lorsque ma fierté en prend un coup – c’est à dire au plus mauvais moment), je demande quels sont les critères pour avoir accès aux archives. Miss Landry me répond sèchement qu’elles me sont ouvertes 24 heures sur 24 : je fais partie de
Penaud et brisé, je sors du bureau la mine défaite : inutile de fanfaronner désormais.
Cependant, Drew Linley s’est éclipsée et on m’apprend qu’Alex a accompagné Nate Grey aux labos afin d’examiner la cause des vertiges répétés de ce dernier. On me laisse en plan, quoi.
Eh bien, allons travailler un peu. Je téléphone chez moi, consulte le répondeur : j’ai raté le rendez-vous de trois clients. Avec ma chance actuelle, l’un d’entre eux s’est flingué en tombant sur le message enregistré. Jamais ma vie ne m’est parue si vide et inutile…




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