Présentation

  • : Journal de Vance
  • journal-de-vance
  • : 17/02/2007
  • : Un jour, Vance, medium raté, a eu une véritable expérience surnaturelle. De ce jour, il a décidé de parler de lui, de ses aventures et de ses passions pour le cinéma et les Littératures de l'Imaginaire...
  • Retour à la page d'accueil
Jeudi 31 janvier 2008

publié dans : Citations par Vance

…le sang sacré des Mérovingiens, cet élément mystérieux qui fait les initiables à la royauté et sans lequel nul ne peut espérer soulever la ferveur d’un peuple.

 

par  Gérard de Sède in la Race fabuleuse Ó J’ai Lu 1973

 

Loin de toute considération politique ou d’une éventuelle attirance pour la monarchie, j’ai toujours éprouvé une réelle fascination pour la royauté, notamment dans son caractère sacré. Cette personne qui cristallise les aspirations des êtres sur lesquels elle va régner, à la fois guide, général et père spirituel, ce roi qui ne doit son statut qu’au fait d’être né dans la bonne famille – une famille forcément « élue », donc prédestinée à la royauté – a toujours été le référent incontournable de toute leçon d’Histoire digne de ce nom. La Loi Salique et l’héritage romain ont achevé d’accomplir pour nous un découpage habile non pas en siècles mais en règnes. Le Roi de France, tour à tour juge et guérisseur, parfois même sanctifié ou honni, ce roi qu’on a traité de « fainéant » (peut-être tout simplement en deux mots…) avant de l‘affubler de toutes sortes de qualificatifs (de « gros » à « bien aimé », de « pieux » à « hardi ») quand il n’allait pas s’accoupler avec l’astre solaire lui-même, le roi est en quelque sorte le creuset des fantasmes de tout amateur d’histoire mystérieuse : héritier d’une tradition millénaire qui le dépasse, il doit diriger un Etat dont il sera autant le pilote que le baromètre. Hissé sur un pavois par ses pairs guerriers, il est aussi sacré, donc placé sous la seule autorité de Dieu, oint parmi les hommes, unique et irremplaçable. Il a pourtant aussi été la cible de tous ceux qui, désireux de s’octroyer une parcelle de son étincelle quasi-divine, confondaient trop tôt règne et gouvernement.

L’Historie de France vue par le biais des monarques, si elle est forcément restrictive, donne tout de même un vernis presque ésotérique à l’étude des origines. Surtout lorsqu’on s’intéresse de près aux Mérovingiens. Ceux-là, je les adore. Longtemps décriés, voire oblitérés par certains courants de pensée, ils représentaient pourtant la clef de voûte de la société franque, dont la solidité était tout entière concentrée dans leur sang. Le pouvoir lié à ce précieux liquide qui garantissait l’appartenance au lignage élu était inconcevable, au point que, lorsque Pépin le Bref fit assassiner Dagobert II, dernier roi d’Austrasie – mettant fin à la dynastie initiée par l’aïeul mythique de Clovis – il comprit bien vite qu’il ne pourrait s’assurer le soutien du peuple qu’en faisant ce qu’il pouvait pour s’associer à la famille qu’il venait pourtant de décapiter : le prix à payer pour s’asseoir sur le trône, le prix du sang. Avoir le pouvoir était une chose, le représenter légitimement aux yeux de ses sujets en était une autre. Or, s’il ne pouvait se prévaloir de cette origine sacrée, il pouvait faire en sorte que son fils, lui, en hérite.

Pépin, sagement, a donc épousé Bertrade, une Mérovingienne de souche : femme, elle ne pouvait ceindre la couronne, mais elle avait cette capacité ô combien précieuse de transmettre le sang, vrai trésor génétique (certaines chroniques avancent même que le fameux vase de Soissons aurait renfermé le sang des ancêtres de Clovis, et je vous laisse faire le lien avec un autre vase, encore plus mythique, qui aurait recueilli entre les mains de Joseph d’Arimathie celui du Christ). De l’union de ce parvenu et de la descendante de Mérovée naîtra Charles, futur Charlemagne, dont le destin sera immense : lui, au moins, ainsi que ses descendants carolingiens, pouvait s’inscrire dans la tradition dynastique.

La puissance de cet attachement à une famille prédestinée saura engendrer de multiples complots dont je reparlerai, entre hauts faits d’armes et odieux coups bas et il est remarquable de s’apercevoir combien le sang des Mérovingiens suscite convoitises et passions : la généalogie capétienne a souffert de cette filiation chaotique et, régulièrement, a tenté de réparer les fautes de raccord. Au XXe siècle, on a créé des faux qui ont permis à un illustre inconnu de se vanter de descendre de Clovis (voire de quelqu’un d’encore plus divin !) : cet habile stratagème a dupé plus d’un spécialiste de la question, mais a permis de lancer la mode des livres traitant d’une Histoire parallèle, pleine de mystère, de sang et de mysticisme, dont le Da Vinci Code  n’est qu’un avatar direct (même pas original du coup).

Que les Mérovingiens soient les descendants du Christ, d’Enée, ou d’Abraham importe finalement assez peu – quand bien même « ça en jetterait » : ce qui compte, c’est cette image qu’ils véhiculent, et ces traditions dont ils étaient les dépositaires.

communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (5)    recommander
Mercredi 30 janvier 2008

publié dans : Tous les films par Vance
La Couleur pourpre

 

Un film de Steven Spielberg (1985) adapté du roman d’Alice Walker

 

Un DVD Warner 2003

 

Au début du XXe siècle, dans le sud des Etats-Unis. Célie et Nettie sont deux sœurs noires, inséparables malgré les vicissitudes de leur condition. En effet, Célie, à 14 ans, a déjà accouché des enfants de son beau-père, enfants qu’on lui a aussitôt enlevés. La voici donnée à un fermier du coin, afin qu’elle s’occupe de sa maison. Mais il s’intéresse d’un peu trop près à Nettie, bien plus jolie qu’elle. Cette dernière ne se laisse pas faire et doit quitter leur maison, ce qui brise le cœur de Célie. Mais Nettie promet de lui écrire. Le temps passe, Célie reste toujours docilement au service de cet homme sans cœur et attend des nouvelles de sa sœur, la seule personne qui l’ait jamais aimée…

 

Dans un style parfois ampoulé et au travers de situations pas toujours crédibles, Steven Spielberg offre une œuvre ambitieuse portée par une interprétation étonnante : le premier grand rôle de Whoopi Goldberg, extrêmement convaincante en Célie, éclabousse l’histoire de ces Noirs plus ou moins bien intégrés, ou les femmes n’existent que pour servir leur mari. Le résultat, quoique parfois longuet, est une chronique passionnante, véhiculée au gré de scènes bucoliques auréolées d’un peu de poésie, entre le Tennessee et l’Afrique : la photo d’Allen Daviau et une musique tout en retenue de Quincy Jones y sont pour beaucoup.

Danny Glover étonne dans la peau de cet homme brutal et maladroit, incapable de se rendre compte à quel point Célie lui est indispensable. Spielberg joue sur les couleurs, des compositions de champ élaborées, une caméra parfois virtuose. S’il n’évite pas quelques clichés et facilités nuisant à certaines scènes (l’interpellation de Sophia est ratée), il signe une œuvre qui emporte l’adhésion dans le dernier quart d’heure, porté par un gospel jubilatoire. La fin dégage énormément d’émotion et souligne la maîtrise d’un sujet difficile. Grande œuvre.

 

] cf. d’autres chroniques sur des films de Spielberg :  la Guerre des Mondes, Munich et Arrête-moi si tu peux  

communauté : L'imaginaire pour tous
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
transfert de nom de domaine sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus