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  • : Journal de Vance
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  • : 17/02/2007
  • : Un jour, Vance, medium raté, a eu une véritable expérience surnaturelle. De ce jour, il a décidé de parler de lui, de ses aventures et de ses passions pour le cinéma et les Littératures de l'Imaginaire...
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Jeudi 4 octobre 2007

publié dans : Scripta manent... (textes divers) par Vance
Ah bah, soyons fou, hein ? 
En fait, il n'était nullement dans mon intention d'imiter (de singer !) ce très grand auteur de fantasy sombre, voire même d'en initier une parodie, un pastiche sans âme. Il s'agissait juste d'un retour de bâton : les enseignants aussi se font avoir.
Il y a quelques années, je travaillais avec mes élèves sur la littérature fantastique. On avait, après l'étude de quelques oeuvres accessibles, dégagé différents modèles et thématiques et surtout rédigé un index de mots, expressions, adjectifs et verbes propres à ce genre particulier. Un travail d'écriture a ensuite été organisé : rédiger un court texte fantastique reprenant certains critères et 5 mots tirés au sort dans l'index. Bien entendu, les élèves m'avaient demandé de faire le même défi. Vous l'avez sous les yeux : je n'ai, comme vous le verrez, accompli ma mission qu'à moitié, puisque le texte ne comporte pas de fin.
Bonne lecture !
NB : Les mots obligatoires sont en vert.

 

Ce jour-là, prétextant quelques affaires urgentes à régler, je quittai mes compagnons plus tôt que d’habitude, les laissant affalés dans leur fauteuil, sirotant dans leur confort tranquille un verre de brandy, ou allumant un dernier cigare pour accompagner leur incontournable partie de bridge. C’était mon tour de m’occuper de Morgan, ce qui me permit de mettre la main sur ses clés. Une dernière vague excuse pour me décharger de notre ami entre les mains paternelles du Dr Woodward et me voilà dehors, sous une pluie fine et un ciel chassieux, luttant contre l’appréhension qui s’insinuait en moi depuis que j’avais eu le malheur de poser les yeux sur le manuscrit « automatique » de Morgan.

Tandis que je parcourais à allure réduite les quelques miles qui séparaient le club de College Street, je me remémorais les conclusions de ma petite enquête préliminaire. Dans un premier temps, j’avais éliminé l’abus d’alcool ou de drogues altérant la raison : s’il avait vécu longtemps seul depuis la mort de sa femme, il n’en avait pas moins été un des piliers les plus assidus de notre association et personne ne l’avait jamais vu rouler sous la table au cours de nos soirées pourtant fort animées, ni même,  a fortiori, consommer autre chose qu’un bon cognac après dîner selon un rite immuable (il se préparait une bonne pipe, assis à la place de lord Sheldon, les pieds tendus vers l’âtre où brûlaient, été comme hiver, quelques larges bûches, et écoutait nos débats les plus virulents en contemplant la robe ambre et souple du breuvage dont il comptait se délecter, le regard vague et le sourire énigmatique).

Nous savions, quand il nous fut présenté, qu’il avait hérité d’un obscur aïeul vivant dans le Vermont et que l’argent n’avait pour lui aucune importance. Cela n’en faisait pas, Dieu merci, un de ces parvenus, vantards et obséquieux, qui ne demandent qu’à prendre la place des autres. Certes, il n’avait rien d’un homme profondément cultivé, cependant, il savait écouter et avait un don pour encourager un orateur hésitant ou réconforter le perdant d’une partie d’échecs.

Il n’avait plus peint depuis le choc que lui causa la mort brutale de sa tendre épouse, Vanessa Peabody, mais demeurait un fin connaisseur pour tout ce qui touchait à l’art. On le disait collectionneur d’objets anciens, ce qui ne laissait pas de nous étonner de la part d’un homme si peu savant en Histoire.

Nous l’aimions beaucoup, cela dit.

C’est perdu dans ces pensées mélancoliques que je parvins à l’adresse recherchée. Je n’eus aucune difficulté pour garer mon cabriolet, la rue étant pratiquement déserte à ces heures. Je m’aperçus alors qu’il était bien plus tard que je ne l’avais prévu : en remontant le col de mon manteau pour contrer les attaques précoces du froid automnal, je m’étonnai de trouver la lumière ambiante aussi faible. La pluie s’était muée en un crachin silencieux et persistant et la brume menaçait à présent d’assombrir encore le tableau, mais il était impossible que le soleil fût déjà couché ! Je n’avais pas quitté le club si tard tout à l’heure ; en outre, il ne fallait guère plus de 15 minutes pour accomplir le trajet. Or, et ma montre me le confirma sur le champ, il était 19 h 52…

Je mis un certain temps pour reprendre mes esprits, sans doute en raison d’un engourdissement progressif dû au froid et à l’humidité ambiants. Je me secouai donc franchement et franchis le petit portail en fer forgé qui s’ouvrait sur le jardin. Ce dernier me fit aussitôt penser à un cimetière, celui de Saint-John plus précisément, avec ses grands saules qui semblaient supporter tout le poids des fautes de ses pensionnaires : la même herbe rase, les mêmes buissons charnus aux ombres suspectes, et ces troncs torses, noueux, pareils aux membres grotesques d’un monstre sans visage…

L’allée était constituée de petites dalles octogonales alternativement blanches et grises, dont l’aspect de damier avait sur moi un effet hypnotique. J’eus un instant l’impression de parcourir une route inconnue dans une lande perdue, infinie, marchant vers un inaccessible havre…

Je grelottais, voilà tout. Il me fallait me ressaisir et oublier les insanités décrites dans le cauchemar macabre de notre ami. Qu’avais-je devant moi, après tout ? Rien qu’un jardin nauséabond singulièrement mal entretenu encadrant une vieille demeure patricienne aux murs grisâtres et aux volets clos. Je devais à tout prix chasser ces sentiments morbides qui, insidieusement, s’emparaient de mon esprit.

Cette maison justement n’avait rien d’un hôtel particulier, cossu et voyant, comme on en trouve encore dans certains quartiers de Providence. Si le style victorien restait indéniable, l’allure générale ne plaidait pas en faveur de l’architecte. C’était une large bâtisse encadrée de deux tourelles, dont une partie de la façade était dissimulée sous un lierre étonnamment résistant mais aux feuilles si sombres qu’elles donnaient l’impression que le crépi était rongé et fissuré comme par d’impossibles termites. Manifestement, Morgan ne devait pas occuper toutes les pièces, car la partie nord laissait une forte impression de délabrement, avec une fenêtre brisée au rez-de-chaussée et un volet, dont le seul gond intact ne tenait que par un miracle insensé, battait au vent dans un silence sépulcral. Sordide, c’était le mot qui me vint à l’esprit alors que je quittais l’allée pavée pour me rapprocher du puits. Celui-ci n’était pas immédiatement visible de la route car dissimulé par un des saules, mais constituait un spectacle à lui tout seul. Sa margelle en pierre était plutôt haute, bien préservée des atteintes du temps, et l’antique manivelle ne portait aucune trace de rouille. Un peintre en aurait certainement tiré un motif splendide, pour peu que la lumière ambiante s’y prêta, et cette pensée eut de nouveau le don de me réancrer dans la réalité. « Il fait si sombre, me dis-je. Hâte-toi donc. »

J’étais à deux mètres au plus de ce mignon petit puits issu d’un album d’images quand je remarquai qu’aucune des ronces ou autres herbes folles qui avaient investi le jardin ne s’était aventurée autour : sur une cinquantaine de centimètres, suivant un cercle parfait, nulle végétation ne cernait la margelle. Ce fait, pourtant relativement anodin, m’aiguillonna quelque peu. J’avançai encore. Je voyais les circonvolutions délicatement ouvragées de la barre en fer forgé soutenant la poulie. La corde, épaisse et de bonne qualité, était tendue : le seau était au fond. En m’en approchant encore, malgré d’incoercibles frissons qui me m’encourageaient à gagner un endroit sec, je fus intrigué par l’objet que je découvris, posé à terre : une lanterne. Il m’apparut évident qu’elle ait servi récemment car je la rallumai aisément. La lueur qu’elle fournit alors me révéla un autre détail : des traces de pas sur le sol nu. Je voulus d’abord m’en retourner, n’estimant pas avoir l’âme d’un Hercule Poirot, mais une anomalie dans ces empreintes m’en empêcha, quelque chose d’étrange qui ne m’avait pas immédiatement frappé, une de ces idées presque insignifiantes qui finissent par vous obséder tant que vous ne vous êtes pas occupé d’elles. Approchant la lampe, je me penchai sur la base du puits, scrutant ces traces de pieds nus, humains et adultes, et ces autres, parallèles aux premières, semblables à de longues tranchées laissées par une charge lourde traînée à bout de bras. L’individu déchaussé était manifestement encombré quand il vint vers le puits et…

NON ! Je me trompai ! Aucune empreinte ne se dirigeait vers cet endroit. Au contraire, les pas s’éloignaient de la margelle et allaient vers la maison !

Je n’en revins pas : quelqu’un serait sorti du puits et aurait emporté vers la maison ce qu’il y avait trouvé ! Je nageais en plein conte fantastique, mon imagination altérait ma raison, il devait y avoir une explication valable.

Je me décidai à tourner la manivelle. Elle grinça bien un peu mais n’opposa aucune résistance, cependant j’eus du mal à remonter le seau tant il me parut lourd. L’effort me réchauffa et m'incita à poursuivre sans que pour autant ma cadence eût progressé. Le plus curieux était que je n’entendais pas le moindre bruit liquide qu’aurait dû causer l’eau que je hissais, mais aux frottements du seau contre la paroi, je sus que j’étais presque au bout de mes efforts quand une odeur pestilentielle m’assaillit les narines. Plus je tournais, plus les effluves putrides se faisaient précis : il ne faisait aucun doute qu’ils provenaient de ce que je m’efforçai de mettre au jour. C’était proprement infect, et l’humidité qui m’entourait n’arrangeait pas mes affaires. Des haut-le-corps me forcèrent à lâcher une fraction de seconde la manivelle, qui toutefois ne bougea pas, bloquée par un cran de sûreté. J’étais près du but à présent. Un tour encore. Ca frottait sérieusement cette fois : le seau devait contenir autre chose que de l’eau. Je saisis la lanterne pour y mieux voir et me penchai précautionneusement.

Ce que j’aperçus alors me hantera le reste de ma vie. C’était… un cadavre ! Il n’en restait qu’un tronc et une tête privés des membres, mais j’avais bien sous les yeux le corps décomposé d’un homme dont le regard vide cherchait en moi la réponse à son ultime question…

Je hurlai, reculant d’un bond et lâchant la lampe. Je hurlai encore, me retournant et me précipitant vers le porche austère de la bâtisse. Je hurlai toujours lorsque mes doigts gourds ne parvinrent pas à trouver la bonne clé dans le trousseau arraché à ma poche. Il me fallut un temps incalculable pour pénétrer dans le hall, hors d’haleine, le front moite de sueur et de pluie mêlées, la bouche pâteuse et la gorge sèche. 

 

 

communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Commentaires

hé hé intéressant, tu pourrais lancer un cadaver exquis
commentaire n° : 1 posté par : harlan le: 05/10/2007 12:29:00
Moi qui suis fan, je trouve ça pas mal. Chutlhu avec nous !
commentaire n° : 2 posté par : zordar (site web) le: 05/10/2007 23:22:00
Nous sommes donc au moins deux. Cthulhu a bercé mon enfance et ses bras tentaculaires m'en ont fait voir de toutes les couleurs !
Sympathique ton blog !
commentaire n° : 3 posté par : Vance (site web) le: 06/10/2007 11:27:36
Et ben dis donc ! J'espère que tu n'as pas montré ton récit à tes élèves, ton talent les aurait dégoûtés...
Bon allez, je retourne au boulot !
commentaire n° : 4 posté par : jennifer le: 07/10/2007 15:16:18
pas mal, y a une suite ?
commentaire n° : 5 posté par : harlan le: 23/10/2007 13:04:15

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