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  • : 17/02/2007
  • : Un jour, Vance, medium raté, a eu une véritable expérience surnaturelle. De ce jour, il a décidé de parler de lui, de ses aventures et de ses passions pour le cinéma et les Littératures de l'Imaginaire...
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Dimanche 18 novembre 2007

publié dans : Prophéties par Vance

Je suis un homme saoul, un homme égaré par le vin à cause de Yaveh et de ses paroles saintes.

JEREMIE, XXIII – 9

 

Tout comme la Pythie qui se trémoussait sur son trépied au-dessus d’une faille d’où s’exhalaient des vapeurs soufrées, la prophétie biblique, en tout cas selon Jérémie (prophète du VIIe siècle avant Jésus-Christ), résulte d’une attitude confinant à la folie, comme si la révélation divine ne pouvait être transmise (et comprise) que par des individus à la raison vacillante. D’ailleurs les prophètes ont souvent été associés aux fous qui eux-mêmes ont longtemps été considérés comme intouchables. On pourra y revenir.

 

L’autre fait troublant, c’est à quel point l’acte de prophétie vu par Jérémie est un acte contraint, une faculté non maîtrisée : le prophète est Elu de Dieu, choisi pour une raison qui nous échappe, et il lui est demandé d’accomplir Sa volonté. Le prophète, ainsi, n’a pas un pouvoir de divination, il n’est que le canal par lequel s’exprime le Verbe Divin. D’autres extraits de Jérémie sont tout aussi parlants :

 

Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire. Tu m’as forcé la main, tu as été le plus fort.

JEREMIE, XX – 7

 

Alors le Seigneur étendit la main et me toucha la bouche. Il me dit : Voici que j’ai placé mes paroles en ta bouche.

JEREMIE, I – 9

 

La différence avec Ezéchiel ou Isaïe, c’est l’absence de ces visions extatiques et solennelles par lesquelles le Tout Puissant s’annonce et se révèle : chez Jérémie, c’est presque contre son gré. 

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Commentaires

Ce n'est pas un peu un lieu commun, Vance ? François de Sales assure que les vraies inspirations se reconnaissent à ceci, précisément, qu'elles ne font vaciller que brièvement les âmes qui les reçoivent : elles se reprennent sans tarder. Il cite les fondateurs du judaïsme, Moïse, Abraham, Jacob, Isaac : il parle, ici, d'inspirations morales, ce qu'on reçoit de Dieu comme directions dans la vie. Je cite l'écrivain savoyard, pour moi un modèle : "Or, une des meilleures marques de la bonté de toutes les inspirations, et particulièrement des extraordinaires, c'est la paix et la tranquillité du coeur qui les reçoit ; car l'esprit divin est voirement violent, mais d'une violence douce, suave et paisible. Il vient comme un vent impétueux et comme un foudre céleste, mais il ne renverse point les Apôtres, il ne les trouble point : la frayeur qu'ils reçoivent de son bruit est momentanée, et se trouve soudain suivie d'une douce assurance. C'est pourquoi ce feu se pose sur un chacun d'iceux, comme y prenant et donnant son sacré repos (...). Ainsi les serviteurs de Dieu qui ont eu les plus hautes et révélées inspirations, ont été les plus doux et paisibles de l'univers : Abraham, Isaac et Jacob. Moïse est qualifié le plus débonnaire d'entre tous les hommes ; David est recommandé par sa mansuétude."

Moi-même, j'ai toujours préféré les inspirés calmes, comme Goethe, ou Mallarmé, aux inspirés échevelés ou exaltés, comme Rimbaud ou Nietzsche, que je trouve surfaits et confondant la divinité et l'image qu'ils s'en font. Cela dit, parfois, il peut y avoir des âmes un peu nerveuses qui reçoivent de vraies belles inspirations, comme c'était le cas de Rimbaud, mais enfin, cela n'est pas, pour moi, la règle, mais bien l'exception.
commentaire n° : 1 posté par : Ramiel (site web) le: 02/12/2007 18:14:34
Tiens cela faisait longtemps !
En fait, ici, je ne donne pas mon opinion, je ne fais que constater un fait régulièrement avéré sur la prophétie, une de ces choses qui me fascinent chez l'homme. J'aime beaucoup la tournure des propos de ton maître à penser - bien que j'aie des doutes sur la mansuétude de David.
En fait, et sans entrer dans le débat de fond, c'est sur ma préférence que nous n'avons pas le même point de vue. Je ne cherche pas à nier le caractère divin de certaines visions et inspirations, au contraire, c'est dans l'expression du génie humain que Dieu, de nos jours, est le plus proche de la manifestation. En revanche, c'est uniquement, et plus prosaïquement, à propos de la façon dont se manifestent ces visions : je suis plus en phase, plus admiratif, plus séduit par des phrases enlevées où chante le Verbe et se dévoilent les Symboles que par l'expression d'une sagesse, d'une sapience tranquille. Ezéchiel me fait vibrer, quand bien même il n'éveillerait pas un quelconque sentiment religieux en moi, tout comme Nietzsche : j'apprécie la fougue, cette sorte de rage à traduire l'extase en enflammant ses sentences et, sur le coup (je veux dire : dans l'instant), je me fous un peu du sens profond des paroles, de l'implication philosophique des propos. Je suis en cela, humblement et naïvement, très bon public lorsque je tombe sur quelqu'un qui manie la langue avec élégance et passion. Cela dit, je ne suis pas un client des grands orateurs, je leur préfère l'écrit qui permet de prendre du recul - et fort heureusement.
Alors oui, cela peut être surfait et un tantinet artificiel, mais j'aime Virgile, j'aime les prophéties avec une mise en scène proche de la dramaturgie comme celles de Saint Césaire - et même si je les sais apocryphes et post-datées.
Encore merci d'être passé.
commentaire n° : 2 posté par : Vance (site web) le: 02/12/2007 18:52:27
Mais c'est toujours un plaisir !

Non, mais tu as raison : le feu du ciel, même dans les âmes calmes, enflamme bien le style. François de Sales n'a pas voulu dire, assurément, que le style de Moïse était sobre et banal. Je pense que c'est une question de rythme : si le rythme reste régulier, comme chez les vieux poètes épiques, on se dit que la raison n'est pas perdue, même si les images sont fabuleuses ; si le rythme est déréglé, si on obtient un chaos pompeux, on peut se demander s'il faut prendre cela au sérieux. Parfois, de fait, je trouve le style de Nietzsche pompeux et creux. Cela me fait l'effet d'une pompe grandiose et pleine de buccines qui n'amènerait qu'un homme piteux et minable, au lieu d'un grand prince. Ne peut-on pas trouver cela objectivement burlesque, les mots grandioses qui mettent en scène le mystère, mais qui n'en contiennent aucun ? Niezsche était bien sûr un grand écrivain, mais si j'aime le burlesque, c'est bien parce qu'il me semble que souvent, on fait dans le grand style sans raison. C'est aussi quand on devient péremptoire. François de Sales, juste après le passage cité, évoque les faux inspirés qui font la leçon à tout le monde, et injurient tous ceux qui ne font pas comme ils pensent qu'on doit faire, qui sont exaltés et colériques. On en connaît, des gens comme cela, non ?  
commentaire n° : 3 posté par : Ramiel (site web) le: 02/12/2007 19:38:38
Oh oui, tout à fait. Quand la langue devient uniquement un outil cherchant plus à convaincre qu'à démontrer, expliquer ou illustrer, elle désespère. Pourtant, je suis profondément humaniste, un peu à la façon qu'avait Asimov lorsqu'il racontait sa judéité effacée, mais ce qui me fascine, me sidère et m'émeut le plus chez l'homme, c'est cette grandeur qu'il sait parfois avoir, cette étincelle qui le rapproche du divin. Le génie m'a toujours troublé et je suis de ceux qui sont prêts à (presque) tout pardonner à un génie véritable, leurs débordements comme leurs propos allant parfois jusqu'à l'outrance (comme chez Dali, qui est pour moi une manifestation de l'Artiste absolu). Chez Nietzsche, c'est moins les effets de style, pourtant remarquables, qui me plaisent que cette sorte de puissance qui transparaît dans ses mots, une force incommensurable qu'il semble mal contrôler, à l'instar de ces mutants dont je me complais à lire les aventures dans les comics. J'apprécie cette notion de quelque chose qui dépasse, ou transcende l'homme, qui lui est supérieure tout en émanant de lui-même et qui est de cette étoffe dont on fait les ponts reliant le monde terrestre à l'Olympe immortelle, Midgard à Asgard, l'humain et le divin.
commentaire n° : 4 posté par : Vance (site web) le: 02/12/2007 20:20:36
Tu veux parler de Bifrost ? C'est vrai que pour Nietzsche, cela fait un peu Tetsuo dans Akira : mystiquement, on aurait peut-être pu voir derrière lui une sorte de pieuvre énorme, avec des tentacules perpétuellement naissants, ou se rétractant, informe et puissante.

Cela me rappelle autre chose : les intuitions géniales du policier Quinlan dans La Soif du mal, d'O. Welles. Elles avaient quand même quelque chose de pas clair, et en même temps, elles s'avéraient exactes. J'en parlerai, justement, sur mon blog mercredi, à propos du genre policier en général.
commentaire n° : 5 posté par : Ramiel (site web) le: 03/12/2007 07:21:07
Je serai au rendez-vous. Tu as un agenda précis pour tes articles sur les blogs ?
commentaire n° : 6 posté par : Vance (site web) le: 03/12/2007 17:36:14
En général, c'est le mercredi matin et le samedi après-midi. Donc, article sur le récit policier, demain matin !

Sinon, tu as vu, avant-hier soir, "L'Impasse", de De Palma ? Un excellent film !
commentaire n° : 7 posté par : Ramiel (site web) le: 04/12/2007 07:40:59
Arg ! Non, je l'ai raté, mais suis allé voir le Redford au ciné, intéressant et parfois brillant mais assez vain.
commentaire n° : 8 posté par : Vance (site web) le: 04/12/2007 18:58:40
A vu de pays, cela m'a paru trop politisé : trop rhétorique et démonstratif. Enfin, je publierai bientôt un article, sur cette Impasse.
commentaire n° : 9 posté par : Ramiel (site web) le: 05/12/2007 08:55:54
VuE (erratum).
commentaire n° : 10 posté par : Ramiel (site web) le: 05/12/2007 08:58:30

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