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  • : 17/02/2007
  • : Un jour, Vance, medium raté, a eu une véritable expérience surnaturelle. De ce jour, il a décidé de parler de lui, de ses aventures et de ses passions pour le cinéma et les Littératures de l'Imaginaire...
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Dimanche 9 décembre 2007

publié dans : Tous les films par Vance
Kingdom of heaven

 

Un film de Ridley Scott (2005) avec Orlando Bloom, Eva Green, Jeremy Irons

 

Résumé Allôciné : L'aventure extraordinaire d'un homme ordinaire, précipité dans un conflit qui va durer des décennies : les croisades. Etranger sur une terre qui lui est étrangère, Balian va servir un roi condamné, s'éprendre d'une troublante et inaccessible reine avant d'être fait chevalier. Il lui faudra protéger les habitants de Jérusalem, dont une immense armée a entrepris le siège, sans jamais cesser de lutter pour maintenir une paix fragile...

 

Très beau film, bien léché, bien réalisé mais manquant paradoxalement du souffle de la Foi qui pourtant en est le moteur avoué, la Foi indéfectible qui met en branle des peuples entiers, les unit dans une cause commune (quitte à inventer des ennemis afin de faciliter la conviction). De fait, ce « Royaume des cieux » cinématographique peine à émouvoir malgré de louables efforts, mais sait en revanche captiver le spectateur, qu’il soit assis confortablement dans une salle ou devant un téléviseur de bonnes dimensions, grâce à des décors grandioses, une mise en scène élégante et des interprètes pris sur le haut du panier. Orlando Bloom, pour lequel j’avais quelques a priori issus d’une performance peu engageante dans Pirates des Caraïbes la joue ici sans chichi, le regard souvent baissé, avec une sobriété étonnante, pas très loin du formidable Legolas de la trilogie de Jackson ; il est incontestablement – et étonnamment, cela va sans dire - l’un des atouts de ce film dans lequel il me rappelle curieusement Colin Farrell par certains côtés, en moins exalté. Eva Green, c’est ici que je l’ai découverte au cinéma, et je dois dire qu’elle m’avait épaté ; certains de ses dialogues sont en français (c’est une des filles de Marlène Jobert). Je ne sais pas si elle était aussi rayonnante dans Arsène Lupin, mais l’avenir (dans l’immense Casino Royale où elle fait le contrepoint parfait à la virilité exacerbée de Daniel Craig) devait montrer à quel point le choix de cette comédienne était judicieux… A leurs côtés, Jeremy Irons est égal à lui-même, mais tout en retenue, parfait pendant d’un Brendan Gleeson habité (dans le rôle le plus ingrat du film, faisant des Templiers des fanatiques arriérés hostiles à la moindre tentative de conciliation – un des points du scénario qui m’ont horripilé). J’ai failli oublier Edward Norton, constamment caché par un masque splendide (celui du roi Baudouin), et dont j’ai adoré le doublage (cette voix chaude et mystérieuse qui vous prend aux tripes et qui était aussi celle du Mr X d’Otage).

 

Face à ces personnages tous issus de la mouvance chrétienne, Saladin et ses vassaux sont présentés sous leur meilleur jour, mais peut-être un peu trop naïvement : chevaleresques, raffinés, sages, ils représentent un idéal plus proche des aspirations de Balian que ses pairs. Là où les Croisés ont noyé Jérusalem sous un bain de sang en massacrant tous ses habitants en 1099 (des chroniqueurs racontent en effet que les chevaliers pataugeaient dans l’hémoglobine qui, par endroits, atteignait les genoux !), le noble Saladin laissera-t-il repartir le peuple sain et sauf ?


Le sang est par ailleurs une couleur qu’on retrouve fréquemment à l’écran, où le réalisateur n’épargne pas les âmes sensibles : les armes tranchent, écrasent, martèlent leur mortelle mélodie avec une méticulosité quasi chirurgicale.
On pourra d’ailleurs s’ébaubir devant les multiples assauts de la ville où Ridley Scott a fait  construire force trébuchets et balistes grandeur nature - et opérationnels. Ca n’a pas l’effarante intensité de l’assaut du gouffre de Helm (encore une référence au Seigneur des Anneaux, et ce n’est pourtant pas exprès !), mais quelle verve, quelle vista ! Les duels, c’est çà dire lorsque la caméra s’approche et s’intéresse à deux combattants, sont en revanche un peu moins lisibles, un peu moins brillants – à l’instar des combats de Troie.


On peut également déplorer des raccourcis sensibles, notamment dans la progression fulgurante du pauvre forgeron français qu’est Balian, mais des amis m’ont assuré que le réalisateur avait été contraint de pratiquer des coupes sèches et amples, qui font de la version director’s cut sortie en DVD un must see pour mes prochains visionnages.


L’ensemble de l’œuvre est l’occasion d’assister à u
ne fresque épique et bigarrée, rigoureuse et belle, mais qui ne parvient que trop rarement à nous faire atteindre au Royaume des cieux tant espéré. C’est d’autant plus dommage que le sujet, piégeux à souhait à l’heure où il est de bon ton d’adopter une attitude plus constructive lorsqu’on narre les confrontations entre chrétiens et musulmans (en consultant les archives historiques des deux camps par exemple), promettait sous la caméra d’un styliste hors pair comme l’est incontestablement Ridley Scott, un film aussi riche d’enseignements que haut en couleurs. Malheureusement, était-ce le bon choix de diaboliser les Templiers sur la foi de textes beaucoup trop favorables aux Hospitaliers (l’Autre ordre de moines-soldats) ? C’est une question qu’il faut se poser. Je ne prétends pas qu’il faille absolument céder aux sirènes de l’occulte qui font des Chevaliers au Blanc Manteau ces chimères si séduisantes, détentrices de secrets capables de faire trembler les plus puissants sur leur trône et d’un trésor convoité par la Terre entière. Certes, je suis de ceux qui se sont tournés vers l’Histoire en partie à cause de leur irréfutable charisme et de tout ce que leur ordre véhiculait de mystère et de savoirs celés de sceaux apocalyptiques ; cela ne m’empêche pas de prendre suffisamment de recul pour tirer de textes authentiques des leçons qui nuancent les propos toujours trop partisans lorsqu’on aborde les Croisades, comme la connivence entre la secte des Assassins et les Templiers, l’admiration réciproque, teintée de respect et de crainte, entre ces deux factions pourtant ennemies sur le papier et la façon dont les échanges réels entre les deux camps ont permis à chaque civilisation de profiter de l’autre, autant en techniques militaires qu’en architecture ainsi que dans tous les arts, mais aussi et surtout dans les autres domaines culturels, l’Orient étant à cet époque l’héritier présomptif d’un Occident orphelin de ses origines gréco-romaines.

 

Le film survole ces considérations en évitant de marteler les consciences mais a tout de même le bon goût de s’attarder sur des destins individuels hors du commun : les Croisades, malgré l’horreur de ce qu’ont vécu les populations civiles et les morts atroces subies dans les deux camps, ont également été le théâtre d’exploits d’hommes plus ou moins illustres mais poussés par une foi inextinguible qui les a propulsés au sommet de la condition humaine. De vrais héros se sont révélés en ces terres sacrées au-delà de la Mer, des héros y ont vécu et y sont morts. A présent, j’aimerais un film sur Godefroi de Bouillon, juste pour voir.

 

Voir aussi :

Ü       La fiche Allocine du film, avec photos et casting

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