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Mercredi 20 février 2008

publié dans : Littératures par Vance
Les Rois des Etoiles


Un roman de science-fiction d’Edmond Hamilton (1947)
Ó Hachette 1952

 

Résumé YFoLire : John Gordon, un petit employé New-Yorkais accepte d'échanger temporairement son esprit avec Zarth Arn, un scientifique vivant 200.000 ans plus tard. Mais une guerre se déclenche et l'oblige à assumer le rôle de Zarth Arn, qui est également prince, pour défendre l'Univers.



Un empire galactique. Des étoiles à perte de vue, chacune accompagnée de mondes peuplés d’étranges créatures. Des vaisseaux naviguant par milliers sur les marées stellaires, s’affrontant en d’improbables armadas au milieu d’explosions cataclysmiques et de faisceaux multicolores. De nobles héros, élancés, vaillants, séduisants, un peu téméraires, à l’œil vif et à l’intelligence pratique. Des femmes fatales, au caractère solide et à la beauté sidérale. Des ennemis implacables. Des armes absolues, capables d’anéantir un système solaire, voire une galaxie entière.

Du suspense ! De la romance ! De l’action !

La garantie d’un dépaysement total.

 

Le space opera, c’était cela. Guère davantage, et souvent aussi naïf que ces annonces façon Hollywood le laissent croire. C’était le standard d’une époque révolue, où la SF se publiait en magazines bon marché (les pulps, qui tirent ce surnom de la qualité du papier) dans lesquels les plus grands auteurs de l’Age d’Or (et Asimov le premier) ont pu faire leurs armes. Le spectre de la Guerre mondiale puis celui de la Guerre froide fournissaient à ces écrivains la possibilité de traduire leurs craintes, leurs cauchemars sous les traits de personnages monstrueux, souvent non-humains, qui venaient sur notre belle planète enlever nos femmes, lesquelles étaient immanquablement vêtues de robes légères afin de donner aux illustrateurs le prétexte à des couvertures furieusement tentatrices. Et pour détourner l’attention du lecteur avide d’aventures exotiques, on l’entraînait en des mondes inconnus sur lesquels, les décors mis à part, se rejouaient les dramaturgies classiques où vengeance, jalousie, avidité et héroïsme flamboyant se taillaient la part du lion.

On ne fait pas de politique dans le space opera. On n’y parle qu’assez peu de la sauvegarde des espèces ou de la protection de la Nature. En fait, on s’y dispute, on s’y affronte à la tête de puissantes armées : les vaisseaux spatiaux remplacent les galions ou les chars d’assaut et il y a toujours un traître planqué quelque part dans l’entourage du prince.

Cela dit, si ces romans prêtent aujourd’hui à sourire, ils n’en ont pas pour autant perdu leur pouvoir attractif : si les années 60 ont balayé ces poncifs en recentrant la SF sur des domaines plus « sérieux », lui conférant par là même ses lettres de noblesse grâce à la plume d’auteurs engagés et talentueux, il n’en reste pas moins que, à l’instar du western au cinéma, ce sous-genre n’est pas mort. Le temps de le digérer, de l’assimiler et de trouver le bon moment pour le ressortir des cartons. Dan Simmons, avec le fabuleux Hypérion, a prouvé qu’on pouvait écrire de la SF de haute volée qui demeure pourtant fidèle aux principes du space opera. Alors pourquoi renier les Pères fondateurs ?

 

Parmi eux, Hamilton (à ne pas confondre avec l’auteur britannique homonyme de l’Aube de la Nuit et de l’Etoile de Pandore) est une référence en la matière, spécialiste (avec ses amis E.E. Smith et Jack Williamson) de ces récits fondés sur l’épopée stellaire : chez lui, les vaisseaux sont des croiseurs intergalactiques qui filent

cent fois plus vite que la lumière à travers l’espace sidéral.

Les belligérants usent d’armes atomiques, de faisceaux de lumière cohérente quand ce n’est pas une arme secrète tel ce disrupteur

qu’on avait utilisé en 129 411 pour repousser les monstrueux envahisseurs venus d’un des Nuages de Magellan…

 

Et, bien entendu, les princesses y sont sublimes : voici Lianna, reine de Fomalhaut, fiancée de Zarth Arn dont Gordon, simple employé new-yorkais, occupe le corps.

Fierté, beauté, conscience de sa valeur et de son autorité, telles étaient les qualités que Gordon lut sur le visage finement ciselé, les lèvres rouges et légèrement dédaigneuses, les yeux gris et froids de la princesse…

Pas étonnant que ce brave Américain du XXe siècle en tombe amoureux – sans savoir que son alter ego la hait profondément. Mais c’est aussi compter sans son épouse morganatique, Murn :

Ses longs cheveux noirs flotaient sur ses épaules nues, encadrant un visage adorable dont les yeux bleu foncé rayonnaient de bonheur. Une enfant ? Ce n’était pas un corps d’enfant qui transparaissait sous la chemise de nuit arachnéenne…

 

Gordon, fasciné, émerveillé par ce que peut procurer un empire interstellaire foisonnant, va profiter de la situation jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il ne lui est pas possible de retourner d’où il vient, alors même que se profile une guerre terrible à laquelle il sera forcé de prendre part, au milieu d’intrigues politiques aussi nébuleuses que nauséabondes. Il sait à présent qu’à un moment ou un autre, il se verra contraint d’user du disrupteur dont il est censé posséder le secret – mais voilà, il n’est qu’un imposteur

 

Allons, c’est moins puéril qu’un Buck Rogers mais de la même veine, c’est assez enlevé, parfois suranné et toujours léger, sous des tournures empesées. On n’est pas très loin du cadre de Star Wars, la mythologie et l’aspect initiatique en moins. Peut-être moins réussi que son cycle des Loups de l’Univers, ce roman n’en reste pas moins agréable à lire. Il s’est vu adjoindre, bien plus tard, une suite, assez dispensable sauf pour ceux qui seraient tombés sous le charme désuet des personnages.

 

Permettez-moi de citer une strophe de ce cher Ramiel qui vient parfois nous rendre visite, et qui sait si bien transcrire en vers ce que ce genre a de merveilleux :

 

Regarde ces vaisseaux qui traversent l’espace

En longs traits de lumière et parmi les étoiles

Sont des foudres d’argent lorsque leur troupe y passe

Avant de disparaître avec l’or de leurs voiles !

Extrait de Visions interstellaires, in Poésies d’Ombre pâle ã Editions Le Tour 2007

communauté : SOIF DE LIRE...
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