Le pêcheur prend du poisson à une profondeur de mille brasses sous l’eau, profondeur qu’il n’a jamais vue. Le mineur tire de l’or de plusieurs centaines de toises sous la terre à travers laquelle il ne peut voir. Puisque rien n’est si caché qui ne devienne manifeste, il en est du firmament céleste comme du ciel et de la Terre. Il faut que toutes choses deviennent manifestes, mais par l’homme qui découvre toutes choses.
par PARACELSE, in le Pronostic (1536)
Paracelse (de son vrai nom Philippus Theophrastus Bombast von Hohenheim) était cet alchimiste et médecin du XVIe siècle qui a jeté quelques solides bases dans l’étude de certaines sciences en s’appuyant sur des faits établis, une observation scrupuleuse mais en rejetant également les anciennes thèses qui, selon lui, ne permettaient pas à la science de progresser. Un précurseur en somme, un homme entre deux époques, creuset de savoirs médiévaux et annonciateur de méthodes novatrices : une des meilleures incarnations de la Renaissance (et de la Réforme, car il était aussi philosophe que théologien).
Ayant grandi sous la coupe d’un bénédictin féru d’astrologie et de Kabbale (Trithème), il s’est approprié les préceptes des universitaires, voyageant énormément et échangeant tout autant, avant de digérer les doctrines de Roger Bacon et d’Hippocrate, puis de s’instaurer comme réformateur de la médecine. De fait, s’il ne rejetait pas en bloc les thèses de Galien qui étaient à la base de la médecine médiévale, il leur préférait une approche nettement plus « expérimentale », plus conforme à sa nature anticonformiste. Plus intuitif que véritablement révolutionnaire, il a tout de même fait nettement évoluer certains pans de la médecine. Toutefois, il est davantage connu pour le grand public comme un occultiste, voire un magicien, que comme un scientifique : c’est qu’il conservait pour concevoir ses remèdes des méthodes directement issues de l’astrologie, de la Kabbale ou même du symbolisme ésotérique. Néanmoins, nombre de ses successeurs n’auront de cesse de vanter ses mérites, qu’il n’a peut-être pas su, par son caractère emporté, faire fructifier pour sa postérité. Pas étonnant que les amateurs d’occultisme contemporains l’aient hissé sur un piédestal, se référant à lui pour tout ce qui a trait à la divination ou à la magie.