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  • : Journal de Vance
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  • : 17/02/2007
  • : Un jour, Vance, medium raté, a eu une véritable expérience surnaturelle. De ce jour, il a décidé de parler de lui, de ses aventures et de ses passions pour le cinéma et les Littératures de l'Imaginaire...
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Samedi 22 mars 2008

publié dans : les Carnets de Josh par Vance

Mon nom est Joshua Michaël Middleship. Je suis le fils cadet de Christian-Marie-François de Clairac, riche médecin français descendant (et s'en vantant par ailleurs) des seigneurs de Clayrac, vassaux du duc de Lusignan, et de son épouse américaine Vanessa Lindsay McAllister, de Boston (Mass.). Au moment où je griffonne ces mots - parfois, me semble-t-il, d'une main aussi vacillante que ma raison - mes rares amis et moi pansons nos plaies, et celles de l'esprit s'avèrent bien plus profondes que les autres. D'ailleurs, je ne sais pas au juste pourquoi j'écris ou plutôt, parmi les nombreuses motivations qui me poussèrent ce 17 mai de l'an MCMXXIII à rédiger un livre de bord, je ne parviens pas aujourd'hui à décider quelle fut la plus impérieuse, la plus irrésistible...

            Je ne prétends pas être écrivain, ni un grand reporter même si ces deux professions occupèrent longtemps dans mes rêves d'adolescent frustré une place inaliénable. Je crois uniquement que, par cet acte, devant le vélin immaculé de ces pages, je parviendrai peut-être à me libérer d'un poids chaque jour plus inhumainement accablant, à apaiser ce torrent bouillonnant qui hurle sa folie à travers chaque fibre de mon être, chaque parcelle de ma psyché, depuis le jour où je fus confronté au cauchemar le plus abominable, celui qu'on ne peut ni comprendre, ni évaluer, encore moins guérir : la peur de l'INDICIBLE.

            Car j'ai peur, terriblement, irrémédiablement peur. Chaque heure, chaque seconde me crache cette peur au visage et il n'est pas un geste, pas un battement de paupière qui ne trahisse pour ceux qui me connaissent suffisamment les morbides angoisses qui instillent leurs miasmes démoniaques dans mon sang, ma bouche, mes yeux. Monstres sans nom, dieux sans visage, vous fîtes de mon existence un enfer en perpétuel chaos, car vous vous révélâtes à mes yeux, vous et vos sombres machinations ; à tout jamais vous détruisîtes mes idéaux, mes convictions, les fondements de tout un ego car désormais, je sais l'œuvre que vous projetez et je passe ma vie à m'en lamenter.

            Cela dit, si écrire constitue une forme de catharsis, c'est aussi un moyen de lutter. Lutter et désespérer, les deux pôles obscurs de ma destinée. "Lutter vainement, mais lutter vaillamment": tel était le credo de celui de qui vint la révélation, la sombre illumination, telle était la profession de foi de Robert Lawrence, le seul maître que j'eus jamais, en qui le Savoir et le Combat se fondaient si... tiens, voilà que j'en parle comme d'un mort. Certes, en un sens, il le fut... mais il nous est revenu, et nous luttons à nouveau ensemble, nous étudions de concert les voies impénétrables, les sentiers ténébreux de la Connaissance qu'empruntent les Arts de la Magie. Chemin dangereux s'il en est que nous ne suivons jamais volontiers, mais nécessaire trajet pour ceux qui, comme nous, résistent à l'oppression.

           

            Ils sont parmi nous, ils sont autour de nous, et nous ne les voyons pas (cf. Jean I-26). Et quand bien même nous les verrions, il serait beaucoup trop tard. Poussières que nous sommes face à ces déités cosmiques, mais poussières considérables car quantités non négligeables : ce que nous représentons pour ces entités, nous ne le savons pas, mais le fait est qu'elles se battent pour nous conquérir, s'entredéchirent par le biais de cataclysmes, de tremblements de terre et de raz-de-marée afin de posséder notre Terre, nos vies, nos âmes.

 

            Ce que vous lisez n'est pas un testament au sens légal du terme. Je ne suis pas mort, et je me sens suffisamment armé pour résister encore le temps qu'il faudra pour former de nouveaux membres afin de poursuivre l'œuvre. Cependant, la mort fait désormais partie de mon quotidien. Elle a frappé sans relâche, happant mes meilleurs amis, hommes et femmes que je chérissais à tel point que j'aie voulu mourir aussi, pour ne plus en voir périr, ne plus en voir souffrir, ne plus affronter la cruelle réalité. Pour certains, elle fut une amie qui les délivra des tourments que nos impitoyables ennemis leur firent subir. Les autres y virent la main du Destin, le fatum qui nous attend tous et qui, chaque jour, prend progressivement le visage de l'Horreur...

           

            Ainsi, je sais mes heures comptées et c'est la raison pour laquelle je veux laisser un témoignage, non pas que j'eusse envie de voir mon nom inscrit pour la postérité au Panthéon des écrivains, mais pour rendre hommage à ceux qui m'initièrent, m'épaulèrent, me protégèrent durant ces années de lutte sans merci. Ces mots doivent servir : c'est ainsi que je les conçois avant tout. Servir à nos futurs collègues pour qu'ils sachent ce qu'il advint de leurs prédécesseurs, que leur funeste expérience éclaire leurs idéaux et motive leurs actes, au besoin par un légitime désir de vengeance. Servir à ceux qui auront la chance de retrouver ces pages après que quelque sournois séisme ou autre abomination aura eu raison de notre cause. Servir à l'humanité : tel est mon credo.

 

Je ne revendique plus ni Dieu, ni maître. Dieu est mort, vaincu par l'Indicible. Quant bien même existerait-il qu'il ne laisserait jamais proliférer cette immonde menace, d'autant que jamais il ne répondit à mes pieuses exhortations : le seul dieu qui vint jamais se manifester n'a d’ordinaire pour l'homme qu'un intérêt disons... stratégique et m'offrit le moyen de combattre les autres divinités pour des raisons qui ne regardent ni la Terre, ni ses insignifiants habitants. Seule une humanité éclairée et solidaire aura une chance de résister : c'est cette humanité que je veux servir, celle que je m'acharne à défendre et que je protégerai, fut-ce au-delà de la vie.

 

            Tout cela, bien entendu, reste d'une grandiloquence éhontée. Je le perçois évidemment comme tel et invoque, pour ma défense, cette maladie qui m'affligea longtemps et qui m'empêchait de lire, et donc d'écrire, quelque mot que ce fut sous peine d'être exposé à d'épouvantables crises d'angoisse qui me laissaient pantelant, terrorisé comme l'aurait été un enfant devant le Croquemitaine réincarné.

 

            Mais laissons cela car je m'aperçois, à ma grande honte, que j'ai mentionné certains faits et noms qui ne vous furent pas présentés par ailleurs. Je me charge dès à présent de les replacer dans le contexte approprié car, comme l'on dit dans les contes pour enfants :

            Ceci est une autre histoire que je m'en vais vous narrer sur-le-champ. Tout a commencé lorsque...

communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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