Vance met en vente

Dimanche 30 mars 2008

publié dans : Pérégrinations par Vance

Il y a quelques temps, des forumeurs avaient émis l’idée (saugrenue ?) de venir en Lorraine y retrouver des compagnons virtuels – une étonnante concentration de Mosellans sévissait alors parmi les participants réguliers du forum. A cette occasion, une description de notre cité chargée d’histoires (et d’Histoire) m’avait été demandée. Je l’avais mise de côté. Plus récemment, Ramiel, visiteur régulier de ce bloc-notes, me proposait d’étendre mes billets à une présentation de cet endroit qui m’a vu naître et grandir, et que je n’ai pas quitté depuis. Je n’aurai ni le talent ni la compétence pour devenir comme lui un chroniqueur assidu et émérite de ma région, dépositaire des lieux sacrés et anecdotes, archiviste et conteur à la fois, mais republier le texte ci-dessous pourrait être intéressant. Je verrai ensuite s’il y a un quelconque retour, auquel cas je piocherai dans les petites histoires que j’ai en ma possession.

 

Mais trêve de bavardage, commençons par le commencement.

 

La ville de Metz, en elle-même, ne manque pas d’atouts. C’est difficile de s’en rendre compte lorsqu’on y vit, mais force est de le constater au fur et à mesure qu’on y croise des étrangers enchantés. Je me souviens des Montpellierains qui faisaient leur service militaire au château de Mercy (dans un escadron d’artillerie disparu depuis), ils avaient adoré les squares de Metz, et ses après-midi ensoleillés. Bien entendu, ils avaient aussi pesté contre le mauvais temps récurrent – mais que voulez-vous, il n’y a plus de saison…

 

En revanche, ils avaient plutôt mal pris l’ambiance absolument non festive des soirs : Metz garde encore son caractère de vieille ville de garnison et les quelques discothèques ouvertes sont très strictes sur le choix des personnes qui peuvent y entrer (pas de crâne rasé par ex.). D’ailleurs, les jeunes Messins vont plutôt s’éclater au Luxembourg, en Allemagne dans des boîtes énormes tenues par des soldats US ou, mais faut pas le dire trop haut, chez l’ennemi nancéien, bien mieux doté pour les loisirs.

 

C’est que Nancy est, par comparaison, une ville récente, toute jeune au réseau de rues trahissant un urbanisme galopant. Metz a quand même 3000 ans d’histoire derrière elle. Un oppidum gaulois existait sur ce qu’on appelle maintenant les Hauts de Sainte-Croix, mais les rares traces qu’il en reste sont enfermées dans des musées.

La cité romaine de Divodurum Mediomatricum s’était installée un peu plus bas, dans la vallée, là où se dresse de nos jours le splendide bâtiment de l’Arsenal de l’architecte Bofill. Elle sera prise et ruinée par Attila en 451, comme tant d’autres.

 

Ensuite, c’est la grande période messine qui va débuter, lorsque les Francs Saliens deviendront maîtres de l’Austrasie, cette région riche qui recouvrait la Lorraine, une partie de l’Alsace, de la Belgique, de la Bourgogne, de la Sarre et du Luxembourg. Sigebert fait de la cité la capitale de l’Austrasie dès le milieu du VIe s. Ville d’évêque, elle sera le berceau des Carolingiens. Un fils bâtard de Charlemagne, Drogon, en fera l’une des cités franques les plus influentes, notamment par l’avènement du chant messin (qu’on appellera ensuite le chant grégorien) et la multiplication des scriptoria (ces ateliers d’enluminure qui feront la renommée des moines de la région).

 

Plus tard, devenue archevêché, elle tombera sous la coupe de l’empire germanique, avant d’acquérir un statut de ville impériale qui lui conféra une grande autonomie de décision. Elle sera toute fois le sujet d’incessantes disputes entre rois de France et empereurs, ce qui lui vaudra l’érection de multiples remparts à différentes époques. En 1553, Charles Quint vint y faire le siège de la ville pour la reprendre à Henri II ; il disposait de 50 000 hommes mais ne parvint pas à faire plier la volonté des 5000 soldats du duc François de Guise. Brantôme en parle comme du « plus beau siège qui fut jamais ». Par la suite, elle fut rattachée à la France au traité de Westphalie, avant que les guerres du XIXe et du XXe siècles ne changent la donne. En 1914, les Allemands l’avaient tellement renforcée qu’elle était considérée comme la plus grande place forte « fortifiée » du monde.


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