Xiii : Là Ou Va...
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Et les voilà attablés auprès de deux autres compagnons qui partageaient leur abattement.
VELA: Franchement, je me demande encore ce que je fais ici...
Sleva avait sursauté, mais c'est Karl qui répondit :
- Que veux-tu dire ?
Le visage de Karl était à ce moment-là méconnaissable : sa voix était calme, douce, mais ses sourcils froncés et son teint cireux donnaient l'impression qu'il était en colère, une rage sourde qu'il tentait d'étouffer.
VELA : Rien, je ne veux rien dire. Je... Je n'ai servi à rien.
SLEVA : Fenras, allons...
Il esquissa un geste vers le bras crispé de son nouvel ami, puis se retint. Zach restait obstinément muet, ses yeux rougis fixant un point au-dessus de l'épaule de Fenras.
DAVIS : Arrête avec ça.
VELA, haussant un peu le ton : Pourquoi devrais-je ? J'ai été incapable de sauver Cynthia... Miss Keffer. Je n'ai rien pu faire pour empêcher... son départ.
Un silence. Lewis cligna des yeux, chassant une larme qui roula jusqu'à ses commissures.
LEWIS : Personne n'y pouvait rien.
Sa vois était comme le murmure d'un haut-parleur fatigué. Il semblait avoir pris dix ans en quelques heures.
VELA : C'était mon boulot. J'ai failli.
SLEVA : Il ne faut pas... dire ça.
VELA, amer : Ah ouais ? C'est pourtant Miss Keffer qui s'est chargée à elle-seule des enfants. Elle a failli donner sa vie pour eux. Et... et LUI n'a pas hésité. Il l'a fait.
DAVIS, étrangement calme : Il l'a fait pour nous.
LEWIS : Pour nous tous.
VELA : C'est bien pour ça que je me sens inutile.
SLEVA : Ne dis pas ça.
DAVIS : Tu as fait suivant les circonstances. Tu n'as pas à t'en vouloir. Personne d'ailleurs.
Il regarda Zachary, ravala sa salive, sentant monter un sanglot irrépressible.
DAVIS : Se morigéner ne sert à rien, et IL n'a pas fait cela pour qu'on passe notre temps à nous en vouloir. Nous avons tous souffert, perdu des êtres chers et vus d'autres êtres chers souffrir plus que nous.
Fenras le regarda, cherchant des réponses à ses incertitudes. Karl ne parla pas, il se leva, lui tendit la main. L'Andorien n'hésita pas, la saisit et se leva à son tour. Riko fit de même, posant cette fois sa grande main sur l'épaule de Fenras. Ils regardèrent Zachary, qui ne bougeait pas, comme paralysé par la douleur.
DAVIS, dans un souffle : Zach... Il faut réagir. Pour LUI, pour ELLE, pour tous ceux qui ont besoin de nous et comptent sur nous.
Avant même qu'il ait pu répondre, les quatre hommes entendirent une voix familière qu'ils n'espéraient plus :
- Bravo M. Davis, vous avez trouvé les mots.
Lewis écarquilla les yeux, les trois autres se retournèrent. Le Premier Officier se tenait à deux mètres d'eux, raide, engoncé dans un uniforme mal ajusté, les cheveux modérément décoiffés. Ses traits en disaient long sur la douleur qui l'avait travaillé depuis le retour.
MATOLCK : Hum, Messieurs, j'étais venu voir Miss Keffer, afin de me rassurer sur l'état de santé de notre infirmière... hum, préférée. Mes pas m'ont conduit jusqu'ici et je... comment dire... enfin je voulais que vous sachiez...
Son embarras était intense. Karl le premier s'avança vers le demi-Vulcain.
DAVIS : Monsieur, je n'ai pas les mots pour...
MATOLCK : Je sais, je sais.
Ils se serrèrent la main. Une poignée vigoureuse, chaleureuse. Tant de non-dits véhiculèrent par ce simple contact viril...
VELA : Monsieur, je voulais vous présenter mes excuses pour...
MATOLCK , péremptoire : Fenras, cela suffit. J'ai besoin d'un Chef de la Sécurité efficace et sûr de lui. J'en ai encore plus besoin maintenant. Puis-je compter sur vous ?
Il tendait la main à présent.
VELA : Mais... Bien entendu, Monsieur. Vous pouvez compter sur moi.
Ils échangèrent à leur tour une poignée de main. Matolck y ajouta une petite tape sur l'épaule droite.
MATOLCK : Vous n'avez rien à vous reprocher. Et... je suis passé par là, maintes fois. M. Sleva ?
SLEVA : Sir ?
MATOLCK : Nous accompagnerez-vous, ou votre poste requiert-il votre présence?
Il regardait Fenras en posant la question. Ce dernier secoua la tête.
SLEVA : Ce sera un honneur, Monsieur.
MATOLCK : Bien. M. Lewis ? Levez-vous, M. Lewis.
Zachary se leva, maladroitement. Karl dut même le soutenir tant il semblait soudain mal assuré.
LEWIS, d'une voix chevrotante : Monsieur ?
MATOLCK : Hum... Je crois que vous prenez tout cela trop à cœur. Je compatis à votre, hum... douleur et croyez bien que je suis persuadé que vous avez fait tout votre possible.
Il s'approcha de Zach, lui tendit également la main. Le jeune homme regarda cette main, puis les yeux de son supérieur. Il hésita, longtemps.
MATOLCK, à voix basse : Zachary, allons...
Et Zach, tout naturellement, tomba dans les bras de Matolck, essayant d'étouffer contre son épaule les sanglots qui s'accumulaient depuis ce matin. D'abord décontenancé, le demi-Vulcain sourit légèrement et serra à son tour le jeune homme contre lui. Pour la première fois depuis qu'il s'était levé, un ténu sentiment de bien-être naquit dans la conscience du Premier Officier. Il se devait à ses hommes, au moins autant que le capitaine Tellan s'était donné à son vaisseau.
Alors que les trois compagnons de Lewis cherchèrent à leur tour à le rasséréner, et qu'il essayait une fois de plus de rajuster sa tenue, Matolck comprit à quel point il focalisait dorénavant la confiance de tous : les beaux discours qu'il avait passé sa journée à servir à ses subalternes, il se devait de les appliquer pour lui. Le temps des remords et de la souffrance vaine n'était peut-être pas passé, tous les disparus ne pouvaient être oubliés ainsi, Zeemia et Cynthia ne pouvaient être délaissées, mais il était FO, une fois pour toutes, et plus que jamais tout l'équipage comptait sur lui. Si seulement cet équipage savait à quel point il comptait pour lui !
MATOLCK : Allons Messieurs, un peu de tenue. Vous venez ?
A suivre.
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