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  • : 17/02/2007
  • : Un jour, Vance, medium raté, a eu une véritable expérience surnaturelle. De ce jour, il a décidé de parler de lui, de ses aventures et de ses passions pour le cinéma et les Littératures de l'Imaginaire...
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Mercredi 7 mai 2008

publié dans : Une vie de blog par Vance

Il y a quelques temps, un courrier des lecteurs du magazine Première que je parcourais d’un œil que je croyais blasé a attiré mon attention : il s’agissait d’une réponse dont le sujet m’interpella, car il était à la base de nombreuses discussions que j’avais à cette époque – et que j’ai encore aujourd’hui – sur des forums spécialisés dans le cinéma ou les comics. Bien que je ne partage pas complètement son point de vue, je trouve dans l’argumentation de Marie Prat (puisqu’il s’agit d’elle, dans une lettre parue dans le n° 360 du magazine susdit) l’écho de nombre de mes requêtes.

Je vous laisse le soin de réagir, éventuellement, à ses propos.

 

J'aimerais dire à l'auteur de cet article de laisser la philosophie aux philosophes et lui montrer à quel point il se trompe. La position personnelle que l'on peut avoir face à un film ne reflète en aucun cas la qualité de celui-ci ; vous confondez goût et jugement de valeur.

Le goût est une notion subjective. Il est fonction de critères personnels tels que la capacité à détendre

le spectateur, à le faire rire, à l'émouvoir, à le toucher... Il est tout à fait possible de passer du bon temps devant un film qui ne possède pourtant aucune qualité artistique.

Bien au contraire, le jugement de valeur s'appuie, lui, sur des qualités artistiques. On juge un film bon ou mauvais à la finesse du scénario, à la prestation des acteurs, au regard du réalisateur, etc. Cela reste naturellement subjectif, mais le jugement se fonde sur des critères plus généraux. Alors, je démens : chacun ses goûts ! Si je reprends votre exemple du Chateauneuf-du-Pape, c'est en effet un très bon vin. Mais quitte à me désaltérer, mes goûts et préférences m'orienteront plutôt vers le «Coca millésimé». D'un point de vue cinématographique, prenons l'exemple d'Irréversible (02), de Gaspar Noé. Il a été reconnu comme un très bon film (sic) [personnellement, j’aurais choisi Requiem for a dream qui est un film que je trouve magistral mais que je n’aime pas revoir] car présentant une réelle originalité et un vrai message. Ce n'est pas un film que l'on aime à regarder encore et encore. Vous parlez d'art ; le goût n'est pas un critère artistique.

 

 

 

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Commentaires

Moi, évidemment, j'ai tendance à croire que ce sont au contraire les critères esthétiques clairement formulés qui sont complètement subjectifs, même s'ils ont l'apparence de l'objectivité, et qu'il y a dans le goût, le plaisir spontané de revoir un film, une valeur objective, même quand justement on n'est pas parvenu à la formuler clairement. Le problème est qu'on confond ce qui a l'air objectif dans son expression et ce qui est objectivement obectif, si j'ose dire !

J'ai déjà évoqué ce problème à propos de Kubrick comparé à Lucas : selon les critères objectifs habituels, le premier est supérieur au second, mais subjectivement, le second plaît plus ; or, moi, je préfère Lucas. Je conteste donc la validité des critères dits objectifs.

A vrai dire, pour moi, le réel est toujours dans ce type de paradoxe : la poésie ne me plaît que si elle s'objectivise, la philosophie ne me plaît que si elle se subjectivise. Au fond, ce qui me déplaît, c'est ce qui se cantonne à un rail prédéterminé, et reste dans une catégorie définie de l'esprit humain.

Ma contestation des critères prétendûment objectifs, élaborés par les critiques, les savants, les universitaires, peut s'appuyer sur tous les cas où ces critères ont porté aux nues des poètes aujourd'hui complètement oubliés. En art, un critère objectif ne vaut rien, parce qu'il se fie à des apparences. Or, ce qui compte, c'est le ressenti, et cela ne peut s'objectiver que si on essaye d'y voir clair dans sa propre émotion, et pas si on analyse froidement les techniques de fabrication d'une oeuvre. En tout cas, c'est mon avis. Je crois en avoir appliqué le principe dans mon évocation des sculptures antiques, sur mon blog genevois, à propos du musée de Genève. Mais il s'agit bien sûr (forcément) de subjectivisme critique !
commentaire n° : 1 posté par : Ramiel (site web) le: 07/05/2008 17:37:47
J'aime beaucoup ta dernière expression, le "subjectivisme critique", qui, après tout, sous-tend toutes les formes d'expression auxquelles les blogs (par exemple) se raccrochent, lorsque des amateurs "éclairés" se targuent de donner leur avis sur des oeuvres en cherchant à argumenter à propos de leur ressenti.
commentaire n° : 2 posté par : Vance (site web) le: 08/05/2008 09:54:30
Tout à fait d'accord avec Ramiel sur ce point :
"En art, un critère objectif ne vaut rien, parce qu'il se fie à des apparences. Or, ce qui compte, c'est le ressenti,"

Je vois mal d'ailleurs comment l'on pourrait exiger d'un critique qu'il fît abstraction de ce que la lectrice appelle "le goût" et ce que Ramiel nomme, plus justement, le ressenti.
A moins de comparer une oeuvre artistique à une brosse à dent ou une voiture, ce qui n'aurait pas grand sens.
La brosse à dent a une finalité qui peut se juger objectivement, sur des critères précis. L'art, lui, a également pour but de toucher. Retirer le goût/ressenti d'une critique, c'est comme demander à un critique gastronomique de se faire opérer pour se faire "déposer" directement un plat dans l'estomac sous prétexte que l'on n'a pas tous le même palais.

L'aspect "technique" du plat réside dans sa capacité à nourrir sans rendre malade, mais est-ce là ce qui en fait sa valeur ? Evidemment non, c'est le palais et ses sensations, merveilleusement subjectives, qui font du met plus qu'un moyen de s'alimenter.

L'art n'ayant aucune fonction "naturelle" de cet ordre, il est donc évident que le ressenti qu'il suscite est non seulement important mais même primordial.
Ce que la lectrice a touché du doigt, en partant dans une mauvaise direction, ce n'est pas tant que le goût se doit d'être séparé des aspects techniques objectivement identifiables mais tout simplement qu'il n'existe pas, en art, de balance magique permettant de comparer les oeuvres.
commentaire n° : 3 posté par : Neault (site web) le: 08/05/2008 16:41:25
Une balance magique, peut-être que si, mais alors, au sens propre. De fait, l'art est bien une forme de magie. L'émotion peut être regardée comme émanant réellement de l'oeuvre, et non, en fait, de soi : le soi n'est que la vasque de réception, le miroir intérieur. A partir de là, si on voit clair en soi, on peut saisir clairement la source de l'émotion. Mais en ce cas, évaluer dignement de l'art, c'est justement objectiver le subjectif. S'appuyer de bout en bout sur des données objectives, fondées non sur ce qui se passe en soi mais sur des comparaisons formelles avec des oeuvres réputées réussies, et admises comme telles par la tradition, oeuvres dont on aurait tiré des règles (en réalité artificielles), procéder de cette façon s'appuie sur du vide, à mon avis. C'est en général, pourtant, ce que font les critiques.

Balance magique, oui, mais balance automatique, sous prétexte qu'elle est raisonnée, non.
commentaire n° : 4 posté par : Ramiel (site web) le: 08/05/2008 19:49:34
Sans doute a-t-on instauré ces critères objectifs pour se rassurer, surtout dans nos nations dominées par la pensée rationnelle où le fait de simplement donner sa chance à l'émotion devient dangereux car fragile, imprévisible et anarchique. Depuis toujours, n'a-t-on pas demandé aux élèves entrant dans une école de peinture de commencer en copiant les grands maîtres ? Ca a toujours été un peu le but (plus ou moins avoué) de l'enseignement : faire entrer l'élève dans un moule objectif, environné de repères rationnels, avant de le laisser s'exprimer librement.
commentaire n° : 5 posté par : Vance (site web) le: 08/05/2008 20:58:34

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