Vance met en vente

Dimanche 11 mai 2008

publié dans : Littératures par Vance

les Cantos d’Hypérion

 

Une saga de science-fiction de Dan Simmons (1989 à 1997)

 

Des pèlerins soigneusement sélectionnés par différentes factions politiques ou religieuses doivent se rendre sur la planète Hypérion, un astre à l’écart du centre galactique, afin de trouver dans les Tombeaux du Temps (qui évoluent chronologiquement à l'envers, artefacts expédiés depuis un lointain avenir et censés s'ouvrir prochainement) une réponse à la crise intermondiale qui se prépare, car l’Hégémonie humaine est au bord de l’implosion. Durant leur voyage frappé du sceau du désespoir, ils se (nous) racontent leur histoire : entre le père éploré narrant la souffrance de sa fille grandissant à rebours, le poète adulé et maudit qui a « perdu les mots » après avoir quitté la Terre mourante, le soldat racontant sa rencontre avec une beauté surnaturelle apparaissant dans ses entraînements holographiques, le prêtre parlant d'une race de primitifs vénérant un cruciforme vampirique et la chasseuse de prime évoquant un cybride de poète disparu... S’y ajoutent un consul possédant son propre vaisseau privé (un luxe inouï) et un mystérieux Templier arrivé à bord d’un Vaisseau-Arbre.

Au-dessus de tout cela, l'ombre des IA qui régentent tout l'empire humain et des Extros dont personne ne sait rien plane en autant de menaces protéiformes.

 

Les grands créateurs d’univers aiment détruire leur œuvre.

Du moins le font-ils volontiers. Sans doute toutefois versent-ils (au moins) une larme chaque fois qu’ils entreprennent l’éradication de tout ce qu’ils avaient développé.

Pour mieux reconstruire sans doute. L’appel de la table rase.

C’est tellement vrai en SF. Moorcock qui nous dépeint les Jeunes Royaumes que son héros Elric traverse de long en large avant d’être à l’origine de son anéantissement – qui permettra la naissance d’une nouvelle réalité – la nôtre - où les hommes auront une nouvelle chance de trouver l’équilibre entre la Loi et le Chaos ; son monde du Tragique Millénaire est le décor d’une Europe se relevant difficilement d’un holocauste nucléaire. Robert Jordan qui évoque l’inévitable cataclysme qui frappera, une fois encore, le monde lorsque le Ténébreux se libèrera et mettra fin au règne des hommes. Philip José Farmer qui raconte les hauts faits d’une poignée d’hommes affrontant les dangers de cette mystérieuse planète au fleuve gigantesque au bord duquel ils ont ressuscité – jusqu’à ce qu’on apprenne que tout était destiné à disparaître à la fin d’une étrange expérience extraterrestre (le Fleuve de l’Eternité). Peter F. Hamilton qui se plaît, dans l’Aube de la Nuit, à nous narrer la façon dont l’Humanité essaimée dans les étoiles se trouvera confrontée au pire péril de son existence, voué à semer le chaos dans les bases même de la société humaine. Asimov qui, au travers de la série Fondation (voire de son œuvre entière), décrit un empire, celui de Trantor, qui s’effondrera avant que des descendants des premiers psychohistoriens ne tentent de le faire renaître de ses cendres. Grandeur et décadence… La trilogie Matrix ne dit pas autre chose : Zion, dernier bastion de l’Humanité, est vouée à tomber, à moins que…

Pour en revenir à Asimov, il avait affirmé avoir trouvé dans ses premiers travaux scientifiques sur l’Histoire la source de la plupart de ses récits ultérieurs : le passé offrait tant d’exemples probants dans lesquels il suffisait de piocher en adaptant intelligemment. L’empire romain, c’est Trantor sur Terre.

Le space opera se délecte de telles situations, à moins qu’il ne s’engonce dans la planetary romance à la Ténébreuse (Marion Zimmer Bradley) où le but est surtout de raconter des histoires prenant l’univers créé comme objectif en soi, presque comme un personnage (voir aussi Ose de Farmer). Construire, détruire, et peut-être ce besoin pervers de faire souffrir le lecteur/spectateur qui s’était attaché aux êtres et avait admiré les décors. Comment ne pas ressentir un pincement au cœur lorsque le Riddler détruit la Batcave dans Batman forever ? Ou lorsque Shiita et Pazu déclenchent l’autodestruction de Laputa dans le Château dans le ciel ?

Ca me fait mal, à chaque fois.

Et Hyperion m’a fait mal, aussi. Peut-être davantage encore tant l’univers cohérent était décrit avec passion et finesse, avec un savoir-faire étonnant, une précision époustouflante, combinant de nombreuses références puisées à la SF traditionnelle aux préoccupations du cyberpunk  et des romans de fin du monde à la Ballard : 200 mondes, 150 milliards d’individus. Destinés à disparaître.

Cruelle inéluctabilité.

A SUIVRE...

communauté : SOIF DE LIRE...
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Voir tous les articles

Commentaires

Oui, c'est un peu pervers. Mais personnellement, j'ai eu un peu de mal à prendre  au sérieux l'univers créé par Simmons. Il m'a paru que cela allait dans trop de directions à la fois. On a le sentiment que les épisodes sont reliés de façon plutôt allégorique qu'organique. J'ai eu aussi le sentiment qu'on ne progressait pas, dans l'initiation au mystère. Une idée ésotérique crée du mystère et des situations étranges, mais au bout du compte, rien n'est dévoilé. Cela donne un peu la sensation d'un fatras, quoique d'un fatras talentueux, intelligent, plein de grandeur, en tout cas par endroits. Car justement, j'ai trouvé l'ensemble inégal. Personnellement, j'ai été frappé par certaines images, mais pas charmé : j'ai trouvé qu'il ne se dégageait pas beaucoup d'humanisme, d'amour pour le monde, ou de compassion pour l'humanité, dans l'univers de Simmons. C'est plutôt satirique et cynique. Bref, j'ai lu ce volume, mais pas les autres. Je n'en ai jamais ressenti le désir.
commentaire n° : 1 posté par : Ramiel (site web) le: 12/05/2008 08:53:51
Etrange, chez moi ce fut le contraire, c'est avec avidité que je me suis jeté sur la Chute... Séduit par la forme, fasciné par le fond, tant par la structure que par les enjeux (mêler aussi adroitement les thèmes de voyage temporel que le space opera et le cyberpunk !), je voulais à tout prix la révélation de la fin. Effectivement, tout n'est pas dit, mais suffisamment pour s'embarquer ensuite dans le deux derniers volumes.
commentaire n° : 2 posté par : Vance (site web) le: 12/05/2008 10:55:14
Sublime introduction pour l'un de mes romans favoris.
PS: il faut que je revoie Batman forever ! :-)
commentaire n° : 3 posté par : TWIN le: 12/05/2008 10:58:55

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article
Blog : Politique sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus