Xiii : Là Ou Va...
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Un film de Tim Burton (2003)
Un DVD GCTHV (2004) édition collector zone 2.
Le film en lui-même est un pur délice. Malgré une troisième vision, l'émotion dégagée est intacte, à peine voilée par l'habitude. Même si les personnages rencontrés au cours des pérégrinations de Ed Bloom sont tous plus extraordinaires les uns que les autres, la magie qui émane du métrage provient davantage de la profondeur des liens unissant un père à son fils que de la féérie de l'univers burtonnien. Ici, le réalisateur s'exprime par métaphores plus ou moins explicites, ce qui par exemple avait rebuté ma fille au cinéma. Le tout est de se laisser bercer par les récits et de n'y prendre que ce qui plaît.
C’est que l’histoire peut lasser et laisser de côté les fanatiques d’un Burton première mouture : ils n’y trouveront pas cette ambiance gothique, ce goût du macabre et cette folie visuelle qui imprégnaient ses principaux succès. Pourtant, en creusant bien, et pour peu qu’on le veuille vraiment, on trouve sous ce conte philosophique les habituels penchants de l’artiste, son amour prononcé pour les freaks et tous ces monstres quotidiens que la société tend à écarter ou montrer du doigt. Bloom (épatant Ewan McGregor et touchant Albert Finney), en magnifiant ses récits qui s’avèreront bien moins banals qu’on aurait pu le penser, cherche à mieux faire passer les émotions qui s’en dégagent : les géants sont gigantesques, les sorcières voient l’avenir, les forêts sont hantées et l’amour vainc tous les obstacles. Ce fil rouge romantique peut également désarçonner les pète-secs habitués à plus d’amertume, pourtant il a toujours été présent dans les précédentes productions du maître. Ici, la vision d’un Edward Bloom clamant ses sentiments pour la femme qu’il aime (sans même la connaître) au milieu d’un parterre de jonquilles peut faire sourire : ce côté mielleux ne doit pourtant pas empêcher quiconque d’apprécier les histoires qui nous sont narrées. C’est que Bloom, au bout du compte (et du conte), était un homme extraordinaire, celui-là même que chantent les Innocents, ne serait-ce que parce qu’il a aimé, et a été aimé en retour. Will, en recherchant la vérité, s’éloigne de ce que ce père trop souvent absent n’a cessé de lui apporter tout au long de son enfance : un peu de rêve, une porte ouverte en permanence sur l’Imaginaire. Pourtant, Will a bien des raisons d’en vouloir à un homme qui paraît ne jamais assumer ses actes, d’autant que tout laisse à penser qu’il aurait eu bien des aventures extraconjugales. Devenu père à son tour, il souffre de devoir à lui seul porter le fardeau des responsabilités sociales, et en accuse ce père puéril et rêveur. Seulement, il en oublie l’essentiel et refuse de reconnaître ce que cet homme lui a donné. Il faudra les témoignages de certains des acteurs (réels) de la vie (imaginaire) d’Edward, mais aussi la fascination de sa propre femme ainsi que l’amour indéfectible de sa mère pour qu’il se mette à son tour à arpenter le chemin qui le conduira auprès de cet être dont il ne sait rien en dehors d’histoires à dormir debout – mais des histoires qui ont forgé et entretenu son image, et surtout qui lui survivront. On n’est pas dans le refus niais et irréaliste des aléas de la réalité, mais dans la volonté d’aller au-delà de ceux-ci, de les réinterpréter en se les appropriant, puis de les transcender en les incorporant dans le cours immortel des légendes. En mettant en scène sa propre vie, l’acteur devient le créateur de celle-ci et touche doublement au sublime. Pourquoi un fils empêcherait-il son père de satisfaire ainsi un désir d’immortalité ?
Pour peu qu’on adhère au principe et aux propos, on frissonnera à l'évocation de la scène finale, véritable condensé du film, hommage et requiem touchants, et hymne inoubliable à un père déjà regretté.
Magique et beau.
Images très belles, à la définition impeccable, mais aux couleurs moins pétantes que dans mon souvenir de cinéma. Le son laisse habilement la place aux basses à quelques moments clefs du film.
Il y a un quizz pour les afficionados de Burton ; certaines questions ne sont pas évidentes.
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