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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 12 2009 20:26

Publié dans : Comic books - Par Vance

Les quatre épisodes de la mini-série Worlds apart de Christopher Yost & Diogene Neves.

 

Résumé : Au cours d’une mission à la recherche des Morlocks, Cyclope met Tornade en porte-à-faux sur sa capacité à jouer sur plusieurs fronts : peut-elle être à la fois reine du Wakanda et membre à part entière des X-Men ? C’est sur ce cas de conscience qu’elle se retrouve rappelée d’urgence en Afrique : Nezhno, le mutant placé sous sa protection, s’est rendu coupable d’un meurtre de sang-froid. La colère gronde et les Wakandais la rendent personnellement responsable. Et qu’elle n’est pas sa surprise lorsque son mari, de retour d’un voyage diplomatique, la somme de quitter les lieux…

 

Oui, grosse colère. Mais je vous en parlerai à la fin.

D’abord, parlons du contenu.

Grosse déception.

Ah mince alors !

En fait, soyons sérieux, ça n’est pas vraiment une surprise car depuis quelques temps les mini-séries mutantes publiées de cette façon ne procurent pas grand chose d’autre qu’un ennui teinté d’exaspération : les mêmes ressorts servant des histoires bâtardes fondées parfois sur une idées intéressante mais qui n’aboutissent sur rien de concret, d’autant que l’illustrateur n’est pas un foudre de guerre. J’exagère certes mon mécontentement, mais il est clair que, récemment, lorsque j’ai eu à me séparer d’une bonne partie de mes comics (pas tous, hein ! faut pas pousser non plus !), je n’ai pas hésité sur bon nombre de X-Men Extra de facture médiocre et au récit sans réelle portée et vite oublié.

Pourtant, on pouvait s’attendre à mieux. Yost a fait bonne figure sur le personnage de X-23, même s’il n’était pas seul au script. J’avais moins apprécié le run sur Vulcan, qui traînait en longueur un scénario assez jouissif au départ. Ici, avec des couvertures souvent alléchantes (l’éditeur Panini a choisi celle de Yardin au départ – créée pour l’épisode 2 – mais que dire de celle de Deodato, sublime, pour l’épisode 3 que je vous colle plus loin ?), on part sur des bases connues mais qui ont le mérite de coller à l’actualité récente des X-Men : désormais basés à San Francisco, ils cherchent à rassembler le maximum de mutants pour les préserver. Ensuite, on se retrouve au Wakanda, pays fascinant, énième vraie réussite du tandem magique Lee/Kirby, patrie de la Panthère noire qui a été longtemps un de mes héros préférés (derrière Captain Marvel tout de même, et vite remplacé par un Wolverine plus présent). Enfin (et grâce à une introduction désastreuse commise par M. Sylvain Doucet – mais j’y reviendrai, car je n’ai pas l’habitude d’un Neault pour exprimer mes – profonds – désaccords), on sait dès le « Briefing » qu’on aura affaire à un « très vieil ennemi des X-Men ».


Cool.

Le problème est que l’on découvre beaucoup trop vite de quoi il en retourne. Du coup, la surprise est éventée. En outre, Neves est loin d’être convaincant : ses visages hésitent entre le grotesquement bâclé sur les plans moyens (pauvre Ororo Munroe !) et le satisfaisant mais peu reconnaissable, la faute peut-être à un encrage pas assez permissif. Il s’en tire mieux sur les plans d’action (ses séquences de combat demeurent plutôt lisibles et efficaces) et pas mal du tout sur les images de destruction massive, avec force éclairs et explosions.

Bref, ça se suit bon an mal an jusqu’à une chute qui sent le réchauffé et un épilogue qui boucle la boucle avec savoir-faire. Je n’aime pas vraiment ces ennemis/Nemesis indestructibles, qui reviennent cycliquement et qu’on démolit sempiternellement de la même manière.

Mais j’avais évoqué cette introduction calamiteuse. Qu’a donc fait ce pauvre Doucet pour s’attire ainsi l’ire d’un ancien lecteur des productions Marvel en français ? C’est justement le fait qu’il prenne ces « anciens lecteurs », c’est à dire ceux qui ont contribué à placer durablement sur la scène hexagonale les séries qui ont ensuite fait florès grâce au succès inespéré de certains films, pour une catégorie négligeable. Si négligeable qu’il les oblitère carrément, les rayant d’office du lectorat. Quand je lis :

Les vacances d’été sont déjà loin et l’heure est venue de retrouver le chemin du collège, du lycée ou de la fac pour les plus âgés.

… de qui se moque-t-on ? Pense-t-il sérieusement qu’il n’existe pas une frange d’acheteurs réguliers des produits made in Panini qui ont passé l’âge de graver leur prénom sur les tables des salles de cours ou d’y coller un chewing-gum en écoutant son MP3 ? Si je comprends bien ce qui est écrit, on est toujours dans cet esprit moyenâgeux qui vouait aux gémonies les jeux de rôles « sataniques » et estimait que les lecteurs de comics (voire de SF) ne pouvaient être que des ados boutonneux en mal de sensations. Mais le pire, c’est que cette gentille apostrophe émane d’un responsable éditorial (à tout le moins de quelqu’un que l’éditeur juge suffisamment compétent pour avoir le droit de rédiger et signer des petits billets exagérément enthousiastes et lénifiants), c’est quand même singulier ! Outré, je suis. C’est vrai que j’ai commencé à lire des comics en 6e… mais je n’ai pas cessé depuis. Et je sais pertinemment que nous sommes nombreux à avoir fondé une famille et à toucher un salaire dans ce cas-là. Que vont penser les Illuminati et tous les blogueurs passionnés de super-héros ?

[Je sais que Neault s’est déjà fendu d’une de ses brillantes diatribes habituelles, mais je suis un peu en retard dans mes lectures et il est bon, parfois, de se faire l’écho d’un pamphlet pertinent… en outre, j’avais déjà commencé ce billet avant d’aller chez mon vieux camarade blogueur et de découvrir qu’il n’avait bien entendu pas laissé passer l’opportunité d’un nouveau coup de gueule contre les responsables paniniens.]

Oui je sais, c’est une réaction disproportionnée. La faute à un bête oubli de la part d’un yes man de l’édition. Si ça se trouve, il avait préparé un joli édito rendant hommage à ses fidèles lecteurs de tente ans et un patron lui a signifié qu’il risquait son poste s’il publiait ça. « La cible, c’est les jeunes ! » lui a-t-on peut-être ordonné. Les plus vieux, on s’en fout, ils sont fidélisés, on n’a plus besoin de leur faire de la lèche.

Résultat : en commençant cette histoire qui m’intéressait, je me suis senti trahi. Et encore une fois, cet obscurantisme culturel qui hante les esprits de l’intelligentsia française, rejetant tout ce qui n’entre pas dans les canons millénaires du Trivium & Quadrivium et des Beaux-Arts, qui stigmatise les amateurs de cinéma « de genre » et culpabilise ceux qui lisent ces revues abrutissantes, marque de son empreinte sombre et monotone les loisirs de quelques joyeux illuminés qui se sentent abandonnés.

Navrant.

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Mardi 24 novembre 2009 2 24 11 2009 12:03

Publié dans : Comic books - Par Vance

 

Un album de Neil Gaiman, Chris Bachalo & Mark Buckingham, édité par le Téméraire (1997) dans la collection Vertigo. Il reprend les trois épisodes de la mini-série Death, the High Cost of Living édités en 1993 par DC Comics.

 

Couverture cartonnée rigide, papier glacé épais de bon aloi. On a droit à des couvertures de Dave McKean et à une présentation des auteurs.

 

4e de couverture : Et si la mort n’était pas cette horrible faucheuse ? Si elle était belle, séduisante, qu’elle se maquillait et portait des jeans ? Seriez-vous prêt, alors, comme le jeune et désabusé Sexton Furnival, à partager une journée avec elle ?

 

Une chronique de Vance

 

Entre une Cachou qui m’a fait rappeler que l’un de mes derniers coups de cœur littéraires était dû à Neil Gaiman (American Gods, un roman très dense dont on ne sort pas intact) et des Illuminati toujours amateurs de pages fraîches inductrices de nouveaux plaisirs, il n’en fallait pas davantage pour que, au cours d’une incursion mensuelle chez mon libraire préféré, je saute le pas et ramène au milieu de mes Ultimate X-Men et autres Marvel Icons un petit album à la délicieuse couverture signée Bachalo.

Gaiman & Bachalo : je les connais plus de réputation, mais le peu que j’ai vu de leurs productions respectives était fortement incitatif.

Bien m’en a pris.

Un bémol, toutefois, avant de poursuivre dans les dithyrambes : l’objet, de taille modeste pour une reliure (17x26, soit la taille des mensuels vendus en kiosques), n’abrite qu’une seule histoire en trois chapitres. L’ensemble se lit donc vite et paraît, à la dernière page, un peu léger pour le prix (quoique moins frustrant que les tomes de la Brigade chimérique, encore plus rapidement expédiés).

Mais baste, c’est agréable et chargé d’une poésie indicible, de cette lancinante et exquise langueur qui hante les auteurs romantiques : la Mort, l’Au-Delà y sont traités d’une façon remarquablement détachée, avec aplomb et placidité. Ce qui frappe avant tout, c’est l’atmosphère, un peu « fin de siècle » et l’on y navigue constamment entre le cynisme bon teint, le fantastique éthéré des comptines et l’amère réalité qui plombe la vie de nos ados en manque de repères.

Sexton Furnival en est le parfait exemple, traînant son nihilisme dans l’attente d’une mort toute aussi vaine que sa vie : de son propre aveu, il n’aime personne, ne déteste personne, pas même ses parents (sa mère un peu barge capable de redécorer l’appartement en pleine nuit ; son père qui s’est barré à Hollywood où il est juriste au service des stars) et ne veut rien.

Je ne veux pas vivre dans le même monde que la Fédération mondiale de catch et le téléachat.

« Alors, autant être mort, non ? » conclut-il ainsi sa lettre d’adieux.

Il ne mourra pas. Malgré sa rencontre avec la Mort.

Inopinée ou non, elle lui fera découvrir la vie sous un angle aussi merveilleux que macabre. Car la Mort est une jeune fille craquante, souriant à tout, d’une bonté confondante (tant que personne ne lui demande jamais de payer) et qui s’extasie d’un rien :

C’est génial, les pommes, non ? Je veux dire, leur goût, et la texture, comment elles fondent quand tu les croques et le jus qui te coule dans la bouche. C’est pas génial ?

C’est que la Mort vient de naître. Ou renaître. Dans le corps d’une jeune fille (Didi) qui a perdu ses parents – du moins est-ce ainsi qu’elle se présente avec beaucoup d’énigmes doucereuses dans le ton. Rarement se montre-t-elle explicite – et dans ce cas, elle est encore plus troublante :

SEXTON : Quand tu disais que ta famille n’avait jamais existé. Je veux dire… t’es du genre à sortir des trucs bizarres en plein milieu de la conversation juste pour avoir l’air intéressant ou c’était une blague ou quoi ?

DIDI : Rien de tout ça, ils n’ont jamais existé, point.

SEXTON : Alors qui sont ces gens sur les photos ?

DIDI : C’est juste un moyen qu’utilise l’univers pour me mettre à l’aise. Techniquement je suis née il y a trois heures.

Plus tard, tentant de répondre encore une fois à la question directe de Sexton (« Pourquoi tu crois être la Mort ? ») :

DIDI : Ecoute : « Un jour par siècle, la Mort descend parmi les mortels, afin de comprendre ce que ressentent les vies qu’elle prend, et goûter la saveur amère de la mortalité : c’est le prix à payer lorsqu’on divise la vie entre ce qui était avant et ce qui sera ensuite. »

 

Inutile de préciser que Sexton mettra un temps considérable pour comprendre qu’il n’a pas affaire à une droguée. Aussi troublante et adorable soit-elle. Il la suivra, un peu contraint au début lorsqu’elle accepte le marché passé avec Mad Hettie (qui fait terriblement penser, dans sa façon d’être et sa quête, à la sorcière du Château ambulant ) et volontairement lorsque Didi se trouvera en danger face à un homme doté d’un savoir lui permettant de l’appréhender telle qu’elle est. A son contact, Sexton s’affermira. Mieux même : avec sa tenue gentiment gothique, ses cheveux noirs légèrement ondulés et son éternel sourire, elle est un rayon de soleil dans sa vie de merde. Et ses enseignements sont aussi étranges que profonds :

SEXTON : Les morts ne parlent pas, c’est ça ?

DIDI : Tout le monde parle. C’est juste que les morts parlent moins fort que les autres.

 

Une fable évanescente et belle, à la fin exquise, un peu trop douce, un peu trop sucrée et pourtant empreinte d’une grande part de rêve : les personnages y sont effleurés, brossés à coups de sourires et de répliques – sauf Sexton, l’ado suicidaire qui constitue paradoxalement la seule véritable ancre concrète dans la réalité. La féerie dans laquelle l’entraîne malgré lui Didi aura inévitablement un impact sur son destin et sa vision d’un monde sombre.

 

Un jour dans la vie de la Mort.

 

Un joli voyage et l’envie d’aller plus loin dans l’univers onirique de Gaiman.

 

 

Communauté : Chronique de nos lectures
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