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Comic books

Mercredi 21 octobre 2009

Publié dans : Comic books - Par Vance

Deux épisodes (dont un prologue) de Serge Lehman & Fabrice Colin, illustrés par Gess ãl’Atalante 2009


 

Accroche : « Ils sont nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle des gaz et des armes aux rayons X.

Ils ont pris le contrôle des grandes capitales européennes, par-delà le Bien et le Mal.

Les feuilletonistes ont fait d’eux des icônes. Les scientifiques sont fascinés par leurs pouvoirs. Pourtant, au centre du Vieux Continent, une menace se profile, qui risque d’effacer jusqu’au souvenir de leur existence… »

 



Une chronique de Vance


Voilà un album qui m’a séduit au premier coup d’œil. Couverture classieuse, accroche fascinante et présentation des deux épisodes immédiatement stimulante. Le nom de Fabrice Colin, en outre, avait de quoi me titiller l’esprit : littérateur de l’Imaginaire, prolifique et multitâche, sa contribution à la revue Casus Belli ne m’était pas étrangère et je connaissais un peu sa réputation dans la Littérature de Jeunesse. Amateur de Tolkien et des grandes sagas de fantasy comme le Cycle des Epées (de Leiber), il avait, après quelques balbutiements littéraires dans le genre horrifique, fait dignement son entrée dans la cour des grands de la SF avec un roman d’inspiration dickienne (comme beaucoup d’auteurs français de sa génération et de la précédente) : Dreamericana, dont j’avais lu d’excellentes critiques sur un forum spécialisé que je fréquentais naguère. Néanmoins, et bien qu’il se soit aussi tournée avec succès vers les écrits pour enfants, ce sont ses origines de rôliste qui m’ont attiré chez lui.

 

La Brigade chimérique est donc un album qui en annonce d’autres. Le libraire me l’a fort bien vendu (comprenez qu’il a été de bon conseil, comme souvent chez un passionné qui sait écouter l’avis des autres), précisant que les suites seraient soumises aux résultats du premier exemplaire. Après lecture, et de manière totalement subjective, force m’est de reconnaître que je souhaite ardemment lire les suites.

 

Passons sur les dessins de Gess. Simplification des postures, dénuement des décors, et des visages assez grossièrement dépeints : pas le genre à me surexciter. Mais à y regarder de plus près, on retrouve dans ce découpage qui, soudain, lâche son morcellement très académique et dans ces jeux d’ombres prononcées une volonté d’ambiance particulière, comme pour « coller » à des références telles la Ligue des Gentlemen extraordinaires revue par un Mignola en petite forme. Il est incontestable que c’est avant tout dans l’atmosphère (savamment entretenue par quelques graphismes rehaussés par ordinateur et une réelle qualité dans le référentiel – il y a des mentons virils, des coupes de cheveux qui ne trompent pas) que l’artiste réussit à s’approprier l’histoire.

 

Cette dernière n’a rien, en soi, d’extraordinaire. On pourrait même gloser sur le fait qu’il ne s’agit que d’une resucée des tentatives de Marvel de se la jouer « historique », comme dans 1602, en lorgnant sur des initiatives plus rôlistiques (et jouissives) comme l’inénarrable Cthulhu by gaslight où l’on pouvait jouer au détective lovecraftien dans le monde (et l’époque, surtout l’époque !) de Jack l’Eventreur et Sherlock Holmes. Toutefois, c’est bien au (déjà évoqué) LXG de Moore et O’Neill qu’on pense : comment intégrer quelques décennies de personnages légendaires et/ou historiques (et pas seulement de la vieille Europe) dans un contexte super-héroïque au sein d’un univers uchronique. Un peu à la manière des romans d’heroic-fantasy (vous savez bien sûr à quoi on les reconnaît ? Ils commencent – presque – toujours par une carte du monde dans lequel évoluent les personnages), les pages 2 et 3 de couverture proposent une vision de l’Europe très particulière, centrée sur des individus aux noms terriblement évocateurs : Marie Curie, Gog, le Golem, Raspoutine, les docteurs Moreau, Mabuse et Cornélius… Les anciens rôlistes qui se sont frottés à la description de l’univers de l’Europe du Tragique Millénaire, dans Hawkmoon tiré de l’œuvre de Moorcock, s’y retrouveront avec un intense plaisir. Il me suffit de vous recopier la dédicace du co-auteur, Serge Lehman, pour que vous compreniez alors de quoi il retourne :

 

Pour J.-H. Rosny, H.-G. Wells, Jean de la Hire, Evegueni Zamiatine, Fritz Lang, Giovanni Papini, Jean Ray, Régis Messac et tous les anciens de l’Hypermonde.

 

Autant de références pour le lecteur et cinéphile passionné par l’Imaginaire. Dans Mécanoïde Curie, on y voit Irène Joliot-Curie au sein d’un groupe représentant les Nous Autres communistes en armure prendre part en septembre 1938 à une réunion secrète dans une cité mystérieuse surgie de nulle part et nommée Metropolis, où M, le Docteur Mabuse, annonce la chute d’un système, provoquant l’ire des super-héros « alliés » (l’Anglais et le Français), l’incompréhension des héros invités d’outre-Atlantique (dont un certain Steele qui ne trompera personne et une version intéressante de Doc Savage) et la révolte des Russes. L’épisode suivant révèle l’identité d’un nouveau héros issu des récrits de Marcel Aymé et le résultat de sa dernière mission pour l’Institut du Radium : on y découvre un Paris fantasmagorique en pleine exposition surréaliste (Breton et Dali y font une apparition).

 

Ca va un peu vite, c’est vrai. On souhaiterait profiter plus profondément de chaque détail, de chaque sous-entendu, comme lorsque le Nyctalope raconte qu’il a bien connu Fantômas, Holmes, Judex et Mörs. Une sombre menace pèse sur le fragile équilibre d’un monde où se télescopent la montée des fascismes et du communisme et l’influence occulte de personnages tout-puissants. C’est fascinant, plein de promesses, digne de ses aînés anglophones auxquels il rend un méritoire hommage et tout à fait français. Et ça a surtout le don de nous remettre en mémoire des noms d’auteurs oubliés qui ont semé les graines nécessaires à l’épanouissement encore difficile de la science-fiction dans l’Hexagone.

 

A suivre.

 


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Lundi 29 juin 2009

Publié dans : Comic books - Par Vance

Nova (volume 4) #13 à #16 + les deux premiers épisodes de la  nouvelle série Gardians of the Galaxy, éditions Panini Comics d’avril 2009

 

Après la vague d’Annihilation où les hordes d’Annihilus se sont déversées dans notre univers, détruisant des mondes entiers, réduisant des peuples en esclavage, après les ravages des Phalanx, qui, sous le contrôle d’Ultron, se sont emparés d’un empire kree affaibli, Richard Ryder, le dernier représentant des Centurions du Nova Corps, s’est chargé de rétablir l’ordre dans cette partie du cosmos. Vaste tâche, d’autant que le tissu spatio-temporel demeure extrêmement abîmé par ces conflits successifs et que les civilisations ont du mal à se rétablir. Mais Nova a des ressources, bien qu’il ait la tête dure et du mal à opter pour les solutions les plus logiques. Le voilà à présent confronté à deux maux d’ampleur universelle qui menacent  la planète Orbucen : une entité psionique se nourrissant de la détresse et de la mort et… Galactus lui-même.

Pendant ce temps, Star-Lord, saisissant la balle au bond après son épopée contre le Phalanx, propose à ses compagnons d’un jour de poursuivre l’initiative en créant un groupe chargé de réparer les dégâts causés au continuum par les deux désastres précédents, d’autant que Warlock et Mantis sont persuadés qu’il est nécessaire d’agir. Les deux premiers épisodes racontent la genèse de cette équipe qui allait reprendre un nom pas encore illustre...

 

Honnêtement, le temps me manquait pour me pencher sur une chronique comics. Bien que, petit à petit, je retrouve un peu de loisirs, la priorité était avant tout pour les sorties cinéma. D’autant que ce numéro de Marvel Universe commence déjà à dater. Oui mais voilà :

- Neault, notre maître ès-Marvel à tous, me l’avait signalé par courriel il y a bien longtemps de cela, attirant mon attention sur le retour d’un personnage qui est à l’origine de mon nom de blog (comment, ça ne se dit pas ? On dit bien « nom de plume », non ? Et même « nom de scène », hein ?).

- la lecture des deux Gardians of the Galaxy a réveillé des souvenirs de romans fascinants par leur ampleur qui avaient en leur remis au goût du jour, avec maestria, les antiques space-operas.

Il n’en fallait pas plus pour donner la primeur à un petit texte sur cet opus.

 

Comme les précédents Marvel Universe, l’album est très agréable à feuilleter en soi, dense, nanti d’une jolie couverture (de Paul Davidson, cette fois, reprenant le visuel de Nova #16) : à 5.60€ les 6 épisodes, le rapport est intéressant. Après l’en-tête Annihilation, puis Annihilation : Conquest, c’est Secret Invasion qui affiche fièrement (quoique plus discrètement) son bandeau. Le fait est que Nova va se retrouver, fort logiquement d’ailleurs, confronté aux Skrulls qui pourrissent la vie des héros terriens depuis quelques mois dans les autres séries estampillées Marvel. Et c’est avec un plaisir évident que je retrouve le Super-Skrull qu’on avait découvert sous un jour autrement plus captivant lors de la vague d’Annihilus, en protecteur d’un monde mourant et père éploré. Nova aura toutefois fort à faire, les Skrulls haïssant les Xandariens presque autant que les Krees – d’autant que les voilà dotés des pouvoirs des plus grands super-héros terriens et que Ryder n’est pas au mieux... Abnett & Lanning sont aux commandes d’un récit toujours enlevé, riche en visions cosmiques et en conflagrations massives mais n’oubliant pas l’évolution des personnages et en restant bien calé dans la continuité. Les cadavres s’amoncellent (les conflits sont à l’échelle de plusieurs mondes) et les grands principes côtoient les décisions les plus hasardeuses.

Néanmoins, c’est bien sur les deux épisodes clôturant ce numéro que j’ai envie d’écrire. Entre la froideur cynique d’un nouveau Drax plus mortel et le mysticisme du nouveau Warlock que la piquante Gamora ne parvient plus à comprendre, il y a de quoi illuminer les dialogues, d’autant que Rocket Raccoon et Star-Lord en remontrent en matière d’ironie et d’impertinence : les commentaires décalés, tempérés par la gentille Phyla-Vell, saupoudrent leurs aventures d’un humour bon teint, alors que les deux scénaristes (encore Abnett & Lanning, décidément) démontrent qu’ils manient avec talent les sagas bigger than life. Reprenant la fantastique image de cette tête de Céleste flottante et peuplée d’êtres incongrus (dirigés par un chien télépathe !) à côté desquels la Cantina de Mos Eisley passerait pour un placard du Muppet Show, ils signent un récit passionnant où le lecteur éveillé regarde en couleurs certaines des plus belles trouvailles de Dan Simmons et de F. Peter Hamilton.

 

Retour de leur première mission :

 

Phyla-Vell (le nouveau Quasar) : Richard Ryder nous a parlé de Nulle Part. C’est un carrefour interdimensionnel, un nexus, qui dérive sur la Faille, au bord de l’Espace-temps. Son cortex de continuum (sic) nous permet d’aller rapidement n’importe où dans l’univers avec nos bracelets « passeports ». Oh, et puis il est situé dans la tête tranchée d’un Céleste. C’est dingue.

Cosmo (le chien télépathe chef de la Sécurité de Nulle Part) : Bienvenue, camarade Quill ! Comment s’est passé premier voyage ?

Jason Quill (alias Star-Lord) : Tranquille, Cosmo.

Cosmo : Vous fait quoi ?

Jason Quill : Sauvé l’univers.

Cosmo : Oh. Bien, bien.

 

En effet, ces vaisseaux temples cyclopéens appartenant à l’Eglise Universelle de la Vérité renvoient aux Templiers et à leurs Vaisseaux-Arbres qui sillonnaient les espaces glacés d’Hypérion, puis à cette Eglise toute-puissante dont la Garde Vaticane régentera les peuples perdus d’Endymion, puisant dans les parasites cruciformes la faculté de ressusciter.

Mieux : leur troisième mission les amène (je cite Gamora) sur une stase binaire douze, une sphère de Dyson située au bord de la nébuleuse de Rebreg. C’est en ces termes que Hamilton a lancé le pitch de sa seconde grande saga galactique, l’Etoile de Pandore où un système stellaire entier, celui de Dyson, était subitement enfermé dans une sphère d’énergie occultant jusqu’à la lumière de l’étoile.

Ajoutez à cela une tension entretenue par des prédictions un peu nébuleuses de la troublante Mantis (on nous annonce un acte de trahison entraînant leur mort prochaine) et vous obtenez un cocktail haut en couleurs, épique et grandiose.

Vivement la suite.

 

Pour information :

--> chronique de Marvel Universe #1

--> chronique de Marvel Universe #2

--> chronique de Marvel Universe #12

--> article complet de Neault sur cet album


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