Qu’on m’épargne la peine de piller Rome, et qu’on me donne tout l’or et tous les objets précieux qui se trouvent dans la ville.
- Mais alors, que laisserez-vous aux Romains ?
- La vie !
D’après Zosime in l’Histoire nouvelle, version de Louis Cousin (1678) reprise dans la Biographie universelle de Michaud (1865)
A cette époque, il ne fallait pas lui marcher sur les pieds, à Alaric.
Car c’est bien de ce grand roi wisigoth qu’il s’agit, et cette phrase est, encore à l’heure actuelle bien que sa source soit nébuleuse, l’une des illustrations les plus parlantes de la chute de l’Empire romain, la fin d’une ère (Rome, capitale politique et sacrée de l’Empire, n’avait jamais été envahie par des Barbares – non romains - en près de 800 ans).
Le pire, c’est qu’Alaric n’a rien de la brute sanguinaire dont l’image est invariablement accolée au terme même de « barbare » et que le sac de Rome aurait dû ne pas avoir lieu.
De fait, entre 408 et 410, Alaric organisa trois sièges successifs de la Ville Eternelle. Le premier ne fut levé que moyennant une très forte somme, le deuxième qu’après la garantie qu’Honorius, empereur aussi naïf que mal conseillé, soit remplacé par Attale, falot personnage mais opportuniste avéré. Malheureusement pour les Romains, la parole donnée par leurs dignitaires était régulièrement violée et Alaric alla jusqu’à essuyer une tentative d’assassinat, lui qui s’était toujours gardé d’envahir Rome sans doute car il était chrétien (arien, en fait, comme tous les Wisigoths) et tenait à respecter les lieux saints. C’en était trop pour le roi goth qui assiégea une nouvelle fois Rome avec l’intention de s’en emparer. Il fallut une nouvelle trahison, cette fois favorable aux Barbares, pour que les portes de la ville lui fussent ouvertes.
Le pillage qui s’ensuivit, s’il comporta sans aucun doute son lot de violences, profanations, et destructions, sembla avoir toutefois, et sur l’ordre solennel d’Alaric, épargné les Chrétiens. Il était hors de question de porter la main sur les objets de culte. Des vases passant pour avoir appartenu à Saint Pierre furent même restitués en une étrange procession de guerriers chantant en chœur et l’on raconte que des vestales qui avaient manifesté autant de résistance que de grandeur d’âme furent amenées en lieu sûr pour ne plus être inquiétées. Comme aimait à le dire Alaric Ier:
Je fais la guerre aux hommes, pas aux apôtres.
La grande classe.
Quant au trésor, il y a de fortes chances que les troupes d’Alaric aient pu prendre possession des mirifiques richesses entreposées au Temple de Jupiter Capitolin, avec entre autres le fruit de la prise de Jérusalem par Titus. La lecture du De Bello Gothico de Procope le laisse à penser.
Mais c’est une autre histoire.




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